La crise de la COVID-19 est un frein à court terme à l’atteinte des ODD en 2030. Néanmoins, la communauté internationale ne doit pas réduire ses ambitions. Les ODD restent réalisables et abordables. D’importants progrès ont été faits depuis leur adoption en 2015. A moyen et long terme, les plans de relance et la co-opération internationale doivent permettre d’accélérer la transition vers des sociétés plus durables, justes et résilientes.

Les conséquences de la COVID-19 sur notre capacité à atteindre les ODD sont préoccupantes. Environ 150 millions de personnes en plus dans le monde pourraient se retrouver en situation d’extrême pauvreté d’ici 20211 et 130 millions de plus en situation de sous-alimentation2. La crise touche en particulier les populations les plus vulnérables. Si des impacts positifs éphémères en matière d’émissions de gaz à effet de serre ont pu être observés au tout début de la crise sanitaire durant les confinements nationaux, les émissions sont reparties à la hausse dans la plupart des pays du G20 depuis mai 2020.

Néanmoins les ODD sont, en principe, toujours réalisables et il n’existe aucun obstacle technologique ou opérationnel à leur réalisation3. De nombreuses études suggèrent que des objectifs tels que la décarbonation énergétique, l’utilisation durable des terres et des systèmes alimentaires, l’éducation pour tous, la lutte contre les maladies et la santé publique sont tous réalisables. Les objectifs sont également abordables. Les évaluations du Fonds monétaire international et du Réseau des solutions pour le développement durable des Nations Unies (SDSN) confirment que les ODD peuvent être financés à un coût d’environ 2% du produit intérieur brut mondial, comprenant environ 0,4% d’aide au développement pour combler le manque de ressources des pays pauvres4. De plus, l’innovation accélère les progrès et réduit les coûts, notamment grâce à l’utilisation des nouvelles technologies pour accroître l’efficacité énergétique et réduire les dommages environnementaux.

Comme le souligne le SDSN, des progrès importants ont été réalisés dans la plupart des régions du monde au cours de la dernière décennie en matière de développement durable (Graphique 1). L’indice ODD, publié chaque année au mois de juin utilise 85 indicateurs provenant d’organisations internationales et de la société civile (incluant des centres de recherche) pour mesurer la distance qu’il reste à parcourir par les pays pour atteindre les ODD. La méthodologie, publiée dans la littérature scientifique et auditée statistiquement par la Commission européenne, fournie un classement mondial des pays en matière de mise en œuvre des ODD. Des éditions régionales (par exemple pour l’Europe) et au niveau des villes sont également disponibles.

La crise de la COVID-19 ne doit pas anéantir ces progrès. Les ODD 1 (Pas de pauvreté), 9 (Industrie, Innovation et Infrastructure) et 11 (Villes et communautés durables) ont nettement progressé depuis 2015. En revanche, les ODD 2 (Faim « zéro ») et 15 (Vie terrestre) ont stagné voire même régressé dans la plupart des pays, montrant la nécessité de redoubler d’efforts pour atteindre ces objectifs. La France obtient ses pires résultats sur l’ODD 12 (Consommation et production responsable) et l’ODD 13 (Lutte contre les changements climatiques). En effet, comme d’autres pays riches la France génère des externalités négatives à travers le commerce qui ont des effets négatifs sur des pays tiers. La France se classe 158e sur 166 pays sur l’indice international des externalités négatives en 2020.

Les ODD fournissent un cadre pertinent pour informer les plans de relance post-COVID-19 et accélérer la transformation des sociétés vers des modèles plus durables, justes et résilients. De récentes études suggèrent que d’avantages d’efforts pourraient être faits pour aligner les plans de relance aux ODD et à la relance verte, notamment dans les pays du G20 où les subventions aux énergies fossiles demeurent importantes. La crise du multilatéralisme appelle à davantage de leadership, notamment de la part de l’Union européenne et du G20, pour soutenir les pays pauvres et rendre les chaînes de valeur et le commerce plus durables.

En 2021, plusieurs évènements doivent promouvoir une relance mondiale basée sur la coopération internationale et alignée sur les ODD. Cela inclut, entre autres, la COP26 sur le climat en Ecosse en novembre 2021, la COP15 sur la biodiversité en Chine en mai 2021, le Sommet sur les systèmes alimentaires, ainsi que le Forum Politique de Haut Niveau et l’assemblée générale des Nations-Unies en juillet et septembre 2021.

1 https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2020/10/07/COVID-19-to-add-as-many-as-150-million-extreme-poor-by-2021
2 https://news.un.org/en/story/2020/07/1068261
3 https://www.nature.com/articles/d41586-020-02373-7
4 https://resources.unsdsn.org/sdg-costing-financing-for-low-income-developing-countries

Guillaume Lafortune
Directeur
SDSN, Paris