La visibilité de pratiques de gestion financière à objectifs environnementaux et sociaux varie en fonction de cycles médiatiques. La microfinance et le commerce équitable ont fait les beaux jours des années 2000, ce qui a largement contribué à leur essor et l’on peut espérer que l’avènement récent de l’Impact investing et des Objectifs de développement durable (ODD) va leur permettre de changer d’échelle.

L’Impact investing n’est d’ores et déjà plus une niche. C’est la stratégie d’investissement responsable qui s’est développée le plus rapidement en Europe comme l’explique dans sa dernière étude Eurosif, l’organisation européenne de promotion de l’investissement responsable. Elle fait état d’une augmentation de +385% entre 2013 et 2015. Selon le réseau mondial de l’Impact investing (GIIN[1]), près de 114 milliards de dollars étaient investis de cette façon fin 2016.

L’Impact investing se définit comme l’ensemble d’investissements dans des entreprises, des organisations ou des fonds qui ont l’intention de produire de l’impact social et environnemental et d’obtenir des bénéfices financiers dans des secteurs variés (microfinance, services financiers, énergie, logement, santé, alimentation, agriculture, éducation, etc.). L’une des caractéristiques dominantes de ces placements est la mise en place de mesures de leurs impacts concrets. Les grands investisseurs qui s’engagent dans cette démarche en font un préalable indispensable.

Le mouvement a pris récemment une nouvelle tournure avec la mise en avant des ODD. En septembre 2016, les acteurs les plus mobilisés, en Suède et aux Pays-Bas, ont publié une déclaration d’engagement[2] à investir dans les ODD, et les 2 grands fonds de pension néerlandais, ABP et PFZW[3], ont d’ores et déjà annoncé qu’ils consacreraient 58 milliards d’euros d’ici 2020 à la démarche. Ils ont aussi contribué au rapport adressé au gouvernement néerlandais, en décembre 2016, qui recommande la création d’instruments financiers adaptés pour attirer les grands investisseurs vers des projets à impact très positif. Cette dynamique est aussi nourrie par le développement des Sustainability bonds, émissions ciblant des projets environnementaux et sociaux. Selon HSBC, ils ont représenté 15,6 milliards de dollars pour les 4 premières années de leur existence (2010-2016).

Pour mieux identifier les acteurs qui comptent dans l’Impact investing, il faut aussi s’intéresser aux promoteurs des Principes pour une finance à impact positif. Lancés en janvier 2017 par l’Initiative finance du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP Fi), ils ont été signés par près de 20 banques gérant 6,600 milliards de dollars d’actifs. Ils apportent des lignes directrices pour analyser, suivre et publier des données sur l’impact environnemental, social et économique des produits et services financiers. Ils n’espèrent de rien moins qu’être les lignes directrices qui permettront de faire basculer des centaines de milliards de dollars gérés par les banques et les investisseurs vers une économie bas carbone et inclusive.

Si tous les signaux sont au vert pour le développement massif d’une finance à impact positif qui favorise le développement social, il faut rester vigilant. La question de la mesure des impacts sociaux réels produits par toutes ces démarches et tous ces dollars investis dans des projets à vocation sociale reste cruciale. A ce jour, il manque encore beaucoup d’éléments indispensables pour que le financement de la lutte contre la pauvreté et les inégalités bénéficient des moyens nécessaires. Le manque de projets de qualité qui permettent d’allier bénéfice social et réussite économique, l’absence de définition commune et partagée à l’échelle mondiale de l’Impact investing ainsi que l’expertise encore limitée d’évaluation des bénéfices concrets de ces démarches restent des handicaps importants. Mais si tous les grands investisseurs se donnent la main pour développer des méthodologies de mesure d’impact solides et crédibles, on peut espérer que le risque de « social washing » sera évité. Les signataires des diverses initiatives récentes sont très conscients de son existence et c’est sans doute la prévention la plus efficace.

 

Anne-Catherine Husson-Traore
Directrice générale de Novethic
Membre du groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne sur la finance durable

 

[1] https://thegiin.org/

[2]https://www.pggm.nl/wie-zijn-we/pers/Documents/Institutional-investment-into-the-Sustainable-Development-Goals-statement.pdf

[3] https://www.pggm.nl/wie-zijn-we/pers/Documents/Building-Highways-to-SDG-Investing.pdf

 

Cet article est tiré du Baromètre de la Microfinance 2017 téléchargeable ici.