À en croire la quantité de production littéraire, audiovisuelle et cinématographique, trouver les ingrédients d’un mariage heureux relève assurément de la gageure ! C’est a fortiori le cas pour le ménage à trois que constituent la Tech, l’entrepreneuriat et le bien commun. Pourtant, ce ménage-là s’avère nécessaire à l’heure où la data, les algorithmes et les plateformes envahissent l’économie, la société et même les administrations. Peut-on en effet se satisfaire de voir apparaître des licornes qui promettent tant grâce à la Tech sans que l’on voie de retour direct pour l’intérêt général ou le bien commun ?

En France, le mouvement s’accélère depuis plusieurs mois. Bayes Impact, une startup sociale, utilise la data science pour imaginer de nouveaux types de services publics citoyens, notamment dans le domaine de l’emploi. En partenariat avec Pôle emploi, Bayes Impact a développé une application gratuite pour proposer des services personnalisés aux utilisateurs afin d’améliorer la recherche d’emploi. Dans le champ de l’éducation, Lalilo entend lutter contre l’illettrisme et le décrochage scolaire en croisant l’intelligence artificielle et les sciences cognitives. Cette plateforme propose aux élèves un apprentissage sur mesure via des fonctionnalités conçues avec et pour les professeurs. En s’attaquant à des problématiques d’intérêt général, cette Tech for Good nous prouve que Tech, entrepreneuriat et bien commun peuvent s’associer et répondre aux enjeux de nos sociétés à la recherche de nouveaux idéaux collectifs.

Néanmoins, nombreux sont les défis auxquels les entrepreneurs numériques doivent répondre : difficulté à constituer une équipe d’excellence face aux startups et grands groupes qui se disputent les profils Tech de haut vol ; difficulté à trouver un lieu, un environnement abordable propice à la création ; difficulté à trouver des moyens, alors que le modèle d’affaires n’est pas forcément lucratif ou ne l’est pas tout de suite ; difficulté à mobiliser des soutiens publics et privés, faute de confiance dans le projet.

C’est à tous ces niveaux que le Liberté Living-lab intervient : d’une part, en fournissant à des entrepreneurs numériques de l’espace, mais surtout un écosystème professionnel qui partage des valeurs et l’envie d’œuvrer pour le bien commun ; d’autre part, en créant les conditions d’une hybridation des profils, des parcours et des compétences, issus du public, des startups, des grands groupes et du monde de la recherche. En organisant des rencontres fédérant des acteurs du numérique de tous les secteurs, le Liberté Living-lab vise à constituer des écosystèmes multi-acteurs d’innovation Tech civique et sociale dans plusieurs champs de l’intérêt général. Cette convergence des acteurs constitue un ingrédient indispensable du mariage Tech for Good au sein du Liberté Living-lab.

Un autre ingrédient essentiel: le grain de folie, vraisemblablement propre aux entrepreneurs, pour porter des projets d’innovation. L’idéalisme contagieux qui permet de mobiliser des parties prenantes, de se serrer les coudes à tout instant et de travailler pour quelque chose de plus grand que soi. L’innovation Tech civile et sociale a donc besoin de soutiens politique, matériel et financier pour œuvrer collectivement à la structuration d’une filière d’entrepreneuriat Tech au service de l’intérêt général.  Quand la Tech se mêle au service du bien commun, il est permis de croire au plus heureux des mariages !

Marylène Vicari
Co-fondatrice
Liberté Living-lab

Cet article est tiré du Baromètre de l’Entrepreneuriat Social 2018 téléchargeable ici.