Outils digitaux et Objectifs de développement durables (ODD), quelles synergies ? Dans cet entretien, Antoine Bertout, directeur du développement international de Famoco, une fintech spécialisée dans les systèmes de paiements, revient sur cette question essentielle pour la réalisation des ODD.

Dans quelle mesure les outils digitaux constituent-ils un tremplin et un levier pour réaliser les ODD?

Paul Polman, le PDG d’Unilever dit que les ODD en eux-mêmes sont un « énorme business plan  ». Tout le monde doit y prendre sa place et être acteur du changement. De ce fait, le secteur privé et les industries en lien avec les technologies de service ont un rôle à jouer. Famoco, ainsi que d’autres acteurs sur le terrain, ont vu très clairement que les nouvelles technologies peuvent répondre aux besoins de la société civile, notamment dans des pays à l’économie émergente en Afrique et en Asie. Les nouvelles technologies sont ainsi un vecteur d’accélération des ODD.

Est-ce que les acteurs du secteur privé, et plus précisément les entreprises, ont réellement compris qu’ils avaient un rôle important à jouer dans la réalisation des ODD ?

Oui mais cela n’est qu’un début. Si ce ne sont pas les industries qui adhèrent d’elles-mêmes aux ODD, ce sont les consommateurs qui les poussent à le faire. Ces derniers s’intéressent aux questions d’empreinte carbone et aux conditions de travail, et incitent donc les industries à faire évoluer leur modèle vers plus de transparence, de respect et d’engagements plus responsables socialement. On voit ainsi apparaître la mention des ODD dans des cahiers des charges ou des appels d’offres, notamment dans les pays émergents qui souhaitent aligner leur essor économique sur ces modèles plus durables. On constate une volonté des entreprises de s’assurer que les solutions à apporter sont pérennes et n’ont pas un impact négatif sur la planète. C’est notamment ce que le Global Compact, dont nous faisons partie, essaie de promouvoir.

Le monde du développement a historiquement été porté par des acteurs des secteurs publics et solidaires. Néanmoins, de plus en plus d’entreprises s’emparent de ces enjeux. Quel est leur rôle dans le domaine du développement ? Ont-elles une approche fondamentalement différente de celle des ONG, malgré leur objectif de développement commun ?

Je pense que les ONG et les fonds publics ont permis de faire la lumière sur des besoins que les ODD ont quantifiés. Jusqu’à présent, les ONG répondaient spontanément aux besoins ponctuels des populations affectées par une sécheresse ou une famine. Aujourd’hui, les ONG et leurs bailleurs de fonds s’assurent de maximiser l’impact des actions humanitaires sur les populations touchées afin que cet effort et investissements contribuent à moyen et plus long termes à la reprise des activités économiques et sociales des populations en question. C’est de cette expertise que doivent se rapprocher les entreprises, pour introduire des aspects de développement social et sociétal dans un agenda qui était auparavant majoritairement économique ou commercial. Cependant, réaliser les ODD n’est pas une simple histoire de philanthropie ; il s’agit de repenser des modèles économiques et sociétaux. L’économie et le commerce ont donc une place dans ce projet.

Le nouveau rôle des entreprises est donc de répondre à des problèmes sociétaux. Dans ce contexte-là, l’entreprise n’a-t-elle pas une force de frappe plus importante que celle du secteur solidaire traditionnel, dont font partie les ONG ? Quelle est la plus-value d’un partenariat avec des ONG ?

L’ODD 17 (Partenariats pour la réalisation des Objectifs) a une véritable valeur. C’est l’implication de tous – multi-stakeholder- qui doit permettre la réalisations des ODD dans les dix  prochaines années. Le secteur privé est, pour cela, un des rouages necessaires dans le projet de réalisation des ODD. Les acteurs privés ont besoin de l’expertise humanitaire qu’ont les ONG, qui ont aussi un rôle de garde-fou, de modérateur ; ces derniers cependant ont besoin des innovations et solutions venant des partenaires du privé pour améliorer l’efficacité des leurs actions auprès des populations concernées. Par exemple, au lieu de chercher à appliquer un modèle ou une solution qui fonctionnerait en Europe, dans un pays où l’économie et les cultures sont différentes, il s’agit de mettre en place des services adaptés aux besoins de la société civile locale et des acteurs économiques locaux. Les partenariats sont donc essentiels car les ONG permettent aux entreprises d’adopter une approche plus modérée et plus appropriée aux différents contextes nationaux et locaux.

Famoco a déjà tissé des partenariats de ce type, notamment avec le World Food Program. Comment cela s’est passé ? Y avait-il un langage commun ou des réticences à effectuer un partenariat avec des entreprises privées ?

Dès le départ, nous avons écarté tout préjugés, et cela dans les deux sens. Ils ont été très clairs dans la formulation de leurs besoins (appel d’offre), auxquels nous avons pensé pouvoir apporter nos solutions. A leur tour, ils ont constaté que nous étions potentiellement un accélérateur technologique. Il y a eu une véritable réflexion, notamment au sujet des valeurs communes que nous devions adopter dans la réalisation de ce changement. Cela nous a permis de repenser nos valeurs chez Famoco et nos engagements vis-à-vis- de nos clients et aussi de nos employés.

PROPOS RECUEILLIS PAR BAPTISTE FASSIN
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