Le microcrédit personnel : un tremplin vers l’emploi salarié ?

En constante évolution depuis 2006, le microcrédit dit « personnel » n’a pas, comme son grand frère « professionnel », une finalité aussi directement liée à l’emploi ; il ne finance pas la création d’une activité. La loi française stipule clairement qu’il doit financer des projets d’insertion professionnelle ou d’insertion sociale. Il est cependant intéressant de noter que depuis 2005, trois microcrédits sur quatre ont en fait servi à financer un projet d’accès ou de maintien dans l’emploi salarié. La raison principale tient certainement au fait que financer un projet d’insertion professionnelle doit être le moyen le plus efficace de contribuer à l’amélioration de la situation précaire des demandeurs. Cette appréciation est-elle fondée ?

En 2013, la Caisse des Dépôts a mené une étude des impacts du microcrédit personnel. Il en résulte que lorsque les emprunteurs poursuivaient un objectif professionnel, deux tiers ont vu leur situation s’améliorer ou être préservée. L’ampleur des résultats varie cependant selon la situation initiale du demandeur : les emprunteurs qui avaient un emploi au moment de la demande ont réalisé leur projet de manière durable dans 72% des cas (conserver l’emploi en cours, accéder à un emploi avec de meilleures conditions, etc) ; ceux qui étaient sans emploi au moment de la demande ne sont plus que 55% à avoir observé une réussite durable.

Qu’en est-il de l’impact du microcrédit personnel sur le niveau de vie des emprunteurs ? Là encore on observe un effet positif : les emprunteurs ayant un projet d’insertion professionnelle voient leur niveau de vie moyen passer de 771 euros lors de leur demande de microcrédit à 881 euros au moment de l’enquête (la durée entre les deux s’étend de 6 mois à 5 ans).

Largement reconnus, ces effets positifs du microcrédit personnel reposent en France sur l’accompagnement proposé par l’ensemble des associations et établissements de crédit proposant leurs services et soutien aux emprunteurs. Par leurs conseils, ils accompagnent et aident à la sélection. Cet écosystème permet en effet à ce type de prêt de garder sa composante sociale. Les taux d’intérêt, qui se situent entre 2,8% et 5,5% par mois pour un crédit de moins de 3 000 euros, contribuent également à renforcer la dimension sociale du microcrédit personnel.

 

Le microcrédit professionnel

Le soutien du Fonds de cohésion sociale (FCS) sur le segment du crédit professionnel solidaire se traduit par une mobilisation en faveur des mécanismes suivants :

• La dotation de fonds d’Etat regroupés au sein du Fonds solidaire de garantie pour l’entrepreunariat féminin et l’insertion (FOGEFI)
• Le soutien à l’activité de garantie des fonds territoriaux « loi Galland » gérés par France Active Garantie
• Le soutien des réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise
• Prêt à taux zéro (PTZ) depuis le 1 Janvier 2017, anciennement « Nouvel accompagnement pour la création et la reprise d’entreprise » (Nacre)

En 2017, le FCS, qui perçoit l’intégralité de ses fonds de l’Etat et du Ministère du travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, a affecté 18,8 millions d’euros à ces différentes lignes de garanties. 9,1 millions d’euros ont abondé les lignes de garanties FOGEFI et loi Galland et 1,7 million d’euros ont servi à la prise en charge partielle de l’accompagnement de ces dossiers. Les 8 millions d’euros restant ont été utilisés pour la garantie des PTZ.

Par ces financements, le FCS a contribué au financement de la création, de la reprise ou du développement de près de 24 800 très petites entreprises (TPE) ou de structures de l’économie sociale et solidaire (ESS) dont 21 387 bénéficiaires d’une garantie de prêt bancaire (ou assimilé). Ces derniers se déclinent de la façon suivante : 20 732 TPE, 655 structures de l’ESS, 5 475 bénéficiaires d’un PTZ.

Les retombées en termes d’emploi du microcrédit professionnel garanti par le FCS sont chiffrées pour 2016 à 35 432 emplois créés ou consolidés sur l’ensemble des champs considérés (garanties bancaires ou extra-bancaires, pour les TPE en création notamment, ou pour les structures de l’ESS en création et en consolidation). Ce chiffre est en léger repli par rapport à l’année précédente.

Dans le détail, 19 468 emplois ont été générés dans le secteur des TPE dont 8 662 pour les garanties bancaires (notamment liées à l’entrepreneuriat féminin) et 10 806 pour les garanties extra-bancaires telles que celles de l’Adie. S’agissant de l’ESS, le nombre d’emplois créés ou consolidés est de 15 964. Par ailleurs, les déclarations des porteurs de projet bénéficiant de PTZ faisaient état d’une prévision de 7 492 emplois créés. Compte tenu d’un taux de couplage de 38% en 2017 des dossiers PTZ avec une garantie FCS, on peut extrapoler à plus de 40 000 le nombre d’emplois créés ou consolidés ayant reçu le soutien financier du FCS.
Département développement economique & ess
groupe caisse des dépots