L’histoire de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises pourrait se résumer en trois étapes : la couverture des risques, l’élargissement du périmètre de responsabilité au-delà des « murs » de l’entreprise et enfin la recherche de sens et du nouveau rôle de l’entreprise face aux enjeux de développement durable. Les premières initiatives consistant à rendre compte de l’action d’une entreprise en matière de RSE, au début des années 90, n’avaient qu’un objectif : démontrer que certains risques (environnement, sécurité au travail, etc. ) étaient bien gérés.

Inévitablement, l’optimisation des performances s’est additionnée à la gestion des risques. À partir du moment où ces derniers faisaient l’objet d’un suivi et d’une mesure, les entreprises les plus avancées ont pu identifier, par exemple, que réduire leur consommation d’énergie ou les accidents du travail avait un impact direct sur les coûts. Dans la deuxième moitié des années 90, plusieurs affaires liées à une mauvaise prise en compte de la RSE dans la chaine de valeur ont fait apparaître, début 2000, une RSE où la performance s’appréciait aussi sur un périmètre de responsabilité élargi aux fournisseurs et aux clients. Enfin, la crise économique de 2008, en plus de secouer l’ensemble de l’économie mondiale, a mis au cœur des débats la question du sens même de l’activité économique : une économie non orientée vers la prospérité humaine est-elle viable ?

Redonner du sens à l’activité économique

Aujourd’hui la recherche de sens est au cœur de toutes les attentes : celles des jeunes générations, des salariés, des clients, et de la société dans son ensemble. Cette quête définit les orientations de l’entreprise de demain. Larry Fink, le président de BlackRock, un des plus gros gestionnaire d’actifs au monde, interpelle lui-même les dirigeants d’entreprises sur le « Purpose and Profit ». Le législateur français prévoit dans la loi Pacte une modification de l’objet social historique de l’entreprise et ouvre la possibilité de se doter d’une raison d’être. Cette dernière est l’expression directe de ce fameux sens que l’entreprise cherche à donner et communiquer à l’ensemble de ses parties prenantes.

Les Objectifs de développement durable des Nations Unies, adoptés en 2015, offrent une grille de lecture adaptée à cette réflexion. Ils permettent ainsi à l’ensemble des acteurs, États et entreprises de mesurer et d’orienter leurs actions vers une performance durable. Depuis leur adoption, on observe une appropriation globale forte et extrêmement rapide des ODD dans la sphère privée1 : de la TPE à la multinationale, les ODD sont utilisés pour exprimer le sens que les entreprises veulent donner à leur action, voire à leur mission. Nombre d’investisseurs ont désormais pour langage commun ces objectifs, qui leur permettent à la fois d’orienter leur politique d’investissement et d’expliquer le sens qu’ils donnent aux fonds qu’ils emploient.

On entre donc dans une nouvelle ère où l’entreprise performante se définira différemment et devra allier performance sociale et économique, tout en comprenant et en gérant l’ensemble de ses impacts, tant positifs que négatifs.

Créer un référentiel commun de la mesure d’impact

Un référentiel mondial d’analyse de l’impact s’est développé de façon exponentielle ces dernières années : l’Impact Management Project (IMP). L’IMP est un forum international d’échange autour de l’impact et de sa mesure. Il regroupe plus de 2 000 organisations (entreprises, investisseurs, spécialistes de l’analyse, économistes, experts, etc.) qui partagent les meilleures pratiques en matière de mesure d’impact. Les ODD sont le sous-jacent majeur de ce référentiel mondial, formant un langage commun de l’impact.

L’impact est donc aujourd’hui un critère de performance clé pour une organisation : il permet de rendre compte de sa capacité à analyser les enjeux majeurs qui pourraient perturber son écosystème et donc son efficacité économique. Il s’analyse tant à court terme – en matière de résilience d’une organisation et de sa capacité à comprendre les risques et à les anticiper – qu’à long terme avec un regard porté sur la faculté des équipes dirigeantes à saisir les bonnes opportunités et à garantir une licence to operate durable.

Alors que la raison d’être des organisations est au cœur du débat public, les ODD peuvent être le moyen opérationnel de traduire cette raison d’être et d’en mesurer l’impact. Bien sûr, à l’échelle de chaque organisation, les efforts mis en place pour traiter de tels enjeux sociétaux peuvent parfois paraître dérisoires et conduire à baisser les bras. Mais, c’est un des principes de la mesure d’impact, aucune organisation ne détient à elle seule les solutions.

C’est pourquoi l’analyse de la performance en matière d’impact social et environnemental doit s’entendre, à l’échelle d’une organisation, de façon globale. Elle doit prendre en compte l’ensemble des effets, positifs et négatifs, qu’elle génère sur son écosystème global au sens le plus large, et plus uniquement en raisonnant sur les effets directs.

  1. https://www.pwc.fr/fr/espace-presse/communiques-de-presse/2018/decembre/vers-une-meilleure-integration-des-objectifs-de-developpement-durable.html

 

ÉMILIE BOBIN
ASSOCIÉE
PWC