Lorsque l’on réfléchit à la décennie qui vient de s’écouler, on se rend compte que les progrès accomplis ont été stupéfiants, en grande partie grâce à l’avènement des technologies numériques.

Les nouvelles technologies sont aujourd’hui de plus en plus mises en œuvre à l’échelle nationale pour offrir de meilleurs services aux citoyens. Les pays, les acteurs du développement (par exemple les ONG ou les bailleurs de fonds) et le secteur privé les reconnaissent désormais comme un levier essentiel pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Longtemps mis de côté dans les discussions sur le développement comme un sujet réservé uniquement aux experts des nouvelles technologies, le numérique est à présent central dans de nombreuses discussions sur les ODD1.

Les technologies mises à l’épreuve

Les résultats concrets de l’adoption de cette technologie numérique se manifestent désormais partout. En Afrique du Sud, les services de messagerie mobile qui fournissent des informations aux femmes enceintes ou à celles qui viennent d’être mères se sont développés pour couvrir 95 % du marché. En Inde, Aadhaar, un système national qui utilise des données biométriques et géographiques pour générer un numéro d’identification national unique – un aspect essentiel pour l’inclusion sociale, économique et politique –, a permis de recenser 1,21 milliard de personnes et de réduire les frais de transaction d’environ 13 milliards de dollars 2. De son côté, le Rwanda se modernise en s’orientant vers une économie sans monnaie physique, ce que le gouvernement prévoit d’atteindre grâce au développement de la téléphonie mobile et à un accès Internet à haut débit 3. Le Sénégal s’est quant à lui fixé pour objectif de générer 10 % de son PIB à partir de l’économie numérique d’ici 2025, tandis que le Kenya, pionnier en matière de mobile money, exporte désormais activement son modèle vers d’autres pays 4

Les consortiums multilatéraux de donateurs se concentrent également sur la technologie numérique. Le programme ID4D de la Banque mondiale soutient le développement de systèmes nationaux d’identification, tout en s’attaquant en même temps aux problèmes de confidentialité des données. Les sociétés de services financiers, les organismes de réglementation gouvernementaux et d’autres instances utilisent des logiciels open source comme Mojaloop pour relever les défis de l’interopérabilité des systèmes financiers afin de renforcer l’inclusion financière, et cherchent à mutualiser leurs investissements dans des plateformes numériques moins nombreuses, mais de plus grande envergure. Un exemple de cet investissement : le lancement en 2018 des Principes d’alignement des donateurs pour la santé numérique, qui harmonisent les investissements des donateurs dans les systèmes digitaux au niveau national et régional, afin de réduire la fragmentation des systèmes5.

Créer des biens publics digitaux

Malgré des progrès, il reste encore beaucoup à faire pour passer d’un monde où le digital est fragmenté à un système holistique et connecté conduisant à l’utilisation courante du digital. In fine, un tel système doit être pensé comme un ensemble collectif de « biens publics numériques » (c’est-à-dire comme des produits open source, des plateformes numériques et des services appropriés) à partager par tous et pour le bien de tous.

Les biens publics numériques sont des plateformes et des produits de services numériques appropriés, des mécanismes de tarification et d’approvisionnement, des programmes de formation pour les gens et une politique numérique de soutien qui protège les citoyens.  La Digital Impact Alliance, par exemple, développe des biens publics numériques en open source que chacun peut prendre et adapter.  S’ils sont soigneusement conçus sur la base des quatre P – produits, prix, politiques et programmes de ressources humaines – ces biens peuvent être adaptés pour passer d’investissements numériques fragmentés qui ne fonctionnent pas à grande échelle à des plateformes et services numériques qui gèrent l’infrastructure du gouvernement national avec des services qui peuvent atteindre tout le monde.

Pour atteindre les ODD d’ici 2030, il sera nécessaire de créer des collaborations cross-sectorielles et d’investir dans des biens publics digitaux (par exemple dans des plateformes numériques réutilisables et des algorithmes de données). Il sera également nécessaire de développer les capacités numériques des citoyens et des gouvernements. Enfin il faudra impérativement mettre en place un régime réglementaire responsable qui protège les droits des citoyens. Progresser sur ces questions peut faire passer la technologie digitale de simple nouveauté à un levier institutionnel pour atteindre les ODD.  

  1. Au cours des deux dernières années, la Banque Mondiale et l’ONU se sont engagées dans des programmes d’investissement majeurs axés sur l’investissement numérique.
  2. Référence : rapport DIAL/ITU
  3. https://www.foreignaffairs.com/articles/asia/2018-08-13/data-people
  4. https://www.betterthancash.org/news/blogs-stories/lessons-from-rwanda-harnessing-public-private-partnerships-to-drive-person-to-government-payment-digitization
  5. https://www.economist.com/the-economist-explains/2015/03/02/why-does-kenya-lead-the-world-in-mobile-money

 

KATE WILSON
DIRECTRICE
DIGITAL IMPACT ALLIANCE