Crowdfunding : Quand la société civile se mobilise

au service de l’entrepreneuriat social

Le financement participatif se développe de manière exponentielle depuis 10 ans. Également appelé « crowdfunding » (financement par la foule), cet outil de collecte de fonds, opéré via des plateformes internet, permet à un groupe de contributeurs de choisir de financer des projets ensemble, directement et de manière traçable.

Au premier semestre 2018, ce sont 208,6 millions d’euros qui ont été collectés en don, en prêt ou en investissement en capital sur les plateformes françaises, soit une croissance de 36% par rapport au même semestre l’année précédente. Les acteurs de l’économie sociale et solidaire concentrent 14% des fonds collectés, soit 29 millions d’euros. Comment expliquer une telle évolution, et en quoi le financement participatif contribue-t-il au développement de l’entrepreneuriat social ?

Typologie des porteurs de projets au 1er semestre 2018 (pondération par volume collecté)1

Reprendre le pouvoir sur son argent

Le crowdfunding répond à une volonté forte des citoyens de redonner du sens à leur argent et d’affecter leur épargne à des projets qu’ils ont choisis et qui ont du sens pour eux.

Une enquête menée pour Financement Participatif France, La Banque Postale et le Crédit Municipal de Paris en mai 20182 démontre que le financement participatif est un moyen pour les citoyens de choisir une cause qui leur tient à coeur, de s’impliquer localement dans un projet de leur territoire, mais aussi de maîtriser l’utilité de leur argent. Ainsi, et grâce au financement qu’il apporte, le contributeur devient partie prenante du projet.

Bien plus qu’un financement pour les porteurs de projet

Création d’emplois, d’innovations, de lien social… les entreprises sociales tissent notre économie. Mais pour faire coïncider objectif social et rentabilité économique, elles font souvent face à des contraintes financières qui les freinent dans leur essor. Le crowdfunding apparaît alors comme une solution innovante pour les entrepreneurs sociaux. Il ne représente pas simplement un complément de financement, mais également un outil de communication, de test de marché et de prospection de nouveaux clients. Le financement participatif invite les entrepreneurs à repenser leur gouvernance pour y intégrer les citoyens.

C’est d’ailleurs ce que démontre l’exemple de Quos, une entreprise sociale créée en 2017 et qui conçoit du mobilier urbain connecté et innovant. Cette entreprise a lancé une campagne de crowdfunding pour un projet d’amélioration de la gestion du stationnement : des capteurs éco-conçus et autonomes en énergie, installés sur la voirie, génèrent des données de stationnement en temps réel. Ces données permettent de réduire le temps de recherche d’un emplacement libre, réduisant les embouteillages, ainsi que les émissions de CO². 124 personnes ont permis à l’entreprise de collecter 48 000 euros en 45 jours : un signe fort d’intérêt de la population pour le projet.

Le financement participatif constitue donc un coup de pouce global pour les entrepreneurs sociaux. Financement, diversification des ressources, développement d’une communauté : la finance participative peut être un vrai cercle vertueux, du porteur de projet au financeur qui devient également acteur et ambassadeur de l’entreprise sociale.

1. Baromètre du crowdfunding en France – S1 2018, réalisé par KPMG pour Financement Participatif France.
2. Enquête menée auprès d’un échantillon de 3 000 personnes représentatives de la population française par l’agence GMV Conseil pour Financement Participatif France, le Crédit Municipal de Paris et La Banque Postale le 15 mai 2018.

Florence de Maupeou
Coordinatrice générale
Financement Participatif France

DES ROYALTIES POUR GARDER LE CAP SUR L'IMPACT

De plus en plus de citoyens et d’investisseurs professionnels cherchent à placer leur argent de façon responsable, dans des entreprises à fort impact et les investissements dans les projets à impact sont en forte croissance.

Les royalties, un modèle de financement et d’investissement hybride, entre le prêt et le capital, se développe lui aussi de plus en plus. Plus accessible que d’autres placements (10 euros suffisent pour investir), il permet de sensibiliser les citoyens sur leur pouvoir en tant qu’épargnants. La structure financée s’engage à verser un pourcentage de son chiffre d’affaires à ses investisseurs, pendant une durée déterminée.

Les versements réguliers de royalties permettent par ailleurs de convertir les citoyens en investisseurs récurrents : la majorité des 3 000 investisseurs de la plateforme WE DO GOOD n’avait ainsi jamais investi dans une entreprise avant son inscription et une partie réinvestit régulièrement ses royalties dans de nouveaux projets. Une véritable économie circulaire, où l’argent ne stagne jamais. D’autre part, les royalties permettent aux entrepreneurs de se financer sans diluer leur capital. Ainsi, les investisseurs n’influencent pas le management via leurs droits actionnariaux. Le porteur de projet conserve une totale indépendance pour prendre des décisions stratégiques, rapides et de long terme.

Les royalties représentent ainsi une véritable innovation financière pour les entreprises sociales, leur permettant de garder la main sur la gouvernance, et de se concentrer sur leurs objectifs d’impact.

Jean-David Bar,
Co-fondateur et président,
WE DO GOOD