Le 4 octobre dernier sortait en salle « Des clics de conscience » [1], un film réalisé par Jonathan Attias et Alexandre Lumbroso retraçant les étapes de la campagne citoyenne #YesWeGraine pour la préservation des semences traditionnelles. On y découvre l’importance et la complémentarité des nouveaux outils de mobilisation en ligne – sites de pétitions, plateformes d’élaboration des lois, sites de financement participatif. Tous ont contribué au succès de cette campagne, à savoir l’adoption en 2016 d’un amendement à la loi sur la biodiversité autorisant l’échange de semences entre agriculteurs.

Change.org constate au quotidien la force de ces outils numériques qui permettent aujourd’hui à 200 millions d’utilisateurs dans le monde, dont 10 millions en France, de faire changer les choses sur les causes qui leur tiennent à cœur. Qu’il s’agisse du vote d’une loi contre le gaspillage alimentaire, de l’adoption d’un plan d’action contre le harcèlement scolaire ou de l’encadrement de la vente de médicaments dangereux, chaque jour des pétitions en ligne lancées sur le site aboutissent à des décisions concrètes prises par les gouvernements, les élus et les entreprises.

Lancé aux États-Unis en 2007, puis dans 20 pays en 2012, Change.org compte des utilisateurs partout sur la planète et leur offre un accès gratuit aux outils de mobilisation citoyenne articulés autour de la pétition en ligne. et la défiance accrue des citoyens vis-à-vis des politiques, le succès de Change.org en particulier, et des nouvelles formes de mobilisation en ligne en général, témoigne d’un formidable désir d’agir de la part des citoyens qui utilisent Internet pour renouveler les formes d’expression et d’action.

Le numérique a en outre permis d’abaisser les barrières de l’engagement en rendant accessible à tous des outils puissants permettant de sonner l’alarme, de s’organiser et de peser rapidement dans le débat public. Le premier acte en ligne (signature, partage, don, commentaire) est souvent le premier pas vers une série d’engagements. Un clic entraîne d’autres actions : le film « Des clics de conscience » et le site de Change.org en sont témoins. La pétition en ligne devient le plus souvent une étape incontournable pour mettre un sujet à l’agenda, organiser une communauté de personnes impliquées et exercer une pression démocratique sur les décideurs.

Face à cette irruption des citoyens dans le politique, le prochain défi est sans doute celui de la reconnexion des élites qui sont encore nombreux à ignorer, voire rejeter cette évolution technologique et démocratique majeure. Anecdote révélatrice à ce sujet : dans « Des clics de conscience », on peut voir en séance au Sénat le rapporteur du projet de loi se plaindre des nombreux e-mails qu’il a reçu de la part des citoyens participant à la campagne #YesWeGraine pour lui demander d’adopter les amendements favorables aux semences paysannes. Selon lui, cette participation citoyenne intrusive freinerait le travail législatif. Mais qu’en est-il des nombreuses sollicitations que ce même sénateur a dû recevoir de la part des lobbies semenciers pendant tout le feuilleton législatif ? Face aux groupes d’intérêts, nos représentants ne devraient-ils pas accueillir l’émergence d’un contre-pouvoir citoyen comme une bonne nouvelle pour la démocratie ?

Heureusement, des élus et des institutions ont à cœur de valoriser la contribution positive de ces mobilisations en ligne pour le bien commun et l’intérêt général. À titre d’exemple, le président du Conseil Économique Social et Environnemental (CESE) Patrick Bernasconi a annoncé en juillet dernier[2] une importante évolution dans la prise en compte des pétitions en ligne. Non seulement le CESE va se donner les moyens constitutionnels de recueillir des pétitions numériques et non plus seulement celles en version papier, mais il a d’ores et déjà décidé de s’autosaisir de sujets repérés sur les plateformes de pétitions pour produire des avis à l’attention de l’exécutif et du législateur. Il y a quelques semaines, Alain Frobert, auteur de la pétition sur Change.org proposant un réseau de centres de santé pour lutter contre les déserts médicaux[3], a ainsi été officiellement auditionné par le CESE qui prépare un avis sur le sujet.

Cet exemple nous montre qu’avec le numérique il est aujourd’hui possible d’inventer des formes d’hybridation entre pouvoir institutionnel et pouvoir citoyen, favorisant la participation du plus grand nombre et permettant d’accompagner la décision politique. Du Mexique à la France, de l’Allemagne au Japon, les utilisateurs de Change.org et d’autres applications et plateformes numériques  comptent bien continuer à participer activement à l’invention de ces nouveaux modèles démocratiques.

 

Benjamin des Gachons, Directeur France, Change.org

 

[1] http://desclicsdeconscience.fr/

[2] http://www.leparisien.fr/politique/le-president-du-cese-veut-transformer-la-parole-citoyenne-25-07-2017-7154961.php

[3] https://www.change.org/p/un-r%C3%A9seau-national-de-centres-de-sant%C3%A9-pour-lutter-contre-les-d%C3%A9serts-m%C3%A9dicaux