Adoptés il y a 5 ans, les 17 Objectifs de développement durables (ODD) proposent un référentiel pour résoudre les défis environnementaux, sociaux et économiques du monde, en ne laissant personne de côté. Les entreprises ont été nombreuses à s’en saisir, que ce soit comme cadre des grands enjeux universels dans lesquels elles s’inscrivent, comme grille d’analyse pour structurer leur stratégie, comme référentiel de dialogue avec leurs parties prenantes ou encore pour faire évoluer leur modèle d’affaire vers plus de durabilité. Ainsi, 81% des entreprises du SBF120 (Société des Bourses Françaises) déclarent utiliser les ODD1. Parce qu’ils offrent un cadre qui peut être partagé par tous et un même langage, les ODD constituent un outil propice au dialogue avec toutes les parties prenantes de l’entreprise.

Au-delà du dialogue, la dimension fondamentale des ODD est la transformation des modèles économiques et d’affaires à laquelle ils appellent : business as unusual ! Il s’agit pour l’entreprise de revoir sa stratégie, ses produits ou services, pour s’orienter vers plus de durabilité. Dans son enquête « ODD et entreprises », le Global Compact France rapporte que « 20% des [entreprises répondantes] souhaitent avancer sur des aspects plus stratégiques dont la définition de leur raison d’être en cohérence avec les ODD et 37% déclarent en outre avoir déjà redéfini leur stratégie business ou prévoient de le faire »2.

La contribution du secteur privé est essentielle, encore plus dans le contexte actuel de crise de la COVID-19. Parce qu’ils permettent de prendre en compte l’ensemble des dynamiques sociétales, environnementales, sociales et leurs interdépendances, les ODD offrent le cadre le plus adapté pour trouver les solutions, « le meilleur business plan du monde», selon Paul Polman, ancien PDG d’Unilever et vice-président de Global Compact.

Aligner sa stratégie sur les ODD est sûrement la meilleure façon pour une entreprise d’assurer sa pérennité : en démontrant qu’elle apporte des solutions aux enjeux sociétaux, elle légitime son utilité. C’est un levier de performance pour répondre aux attentes des consommateurs, mais aussi un facteur d’attractivité pour le recrutement des futurs collaborateurs, de plus en plus nombreux à souhaiter mettre une ambition sociale et environnementale dans leurs métiers. L’entreprise doit cependant veiller à ne pas tomber dans le piège du « ODD washing »3. Il s’agit de s’engager dans une réelle dynamique de transformation, qui oblige l’entreprise à revoir ses pratiques et à inclure une logique de durabilité dans ses activités.

Souvent perçues comme part du problème, notamment par certaines ONG, les entreprises peuvent, avec les ODD, faire partie de la solution, surtout si elles engagent de nouvelles alliances avec leurs parties prenantes pour la mise en œuvre de dispositifs plus sobres et plus solidaires. En partageant le cadre commun de l’Agenda 2030, l’ensemble des acteurs ont un même but : faire face collectivement aux défis du monde. La transformation des systèmes de production se fera plus vite grâce à ces partenariats.

L’exemple de Veolia

Veolia a publié sa raison d’être en 2019, après un an d’un processus collaboratif, impliquant l’ensemble de ses parties prenantes : management, conseil d’administration, instances représentatives du personnel, collaborateurs, mais également ONG et citoyens. Au-delà d’un texte, la raison d’être de Veolia se veut la mise en mouvement d’une vision élargie de l’entreprise, qui affirme son engagement pour et avec toutes ses parties prenantes. Cet engagement s’incarne dans un équilibre au sein de la performance d’entreprise, en mettant au même niveau d’attention et d’exigence les performances économique et financière, commerciale, sociale, sociétale et environnementale. C’est cet équilibre d’impact, pour une performance plurielle au bénéfice de toutes les parties prenantes, qui doit dès lors guider les choix et les arbitrages à réaliser.

Les ODD ont alimenté la réflexion de Veolia dans la construction de sa raison d’être. Ils ont permis de fixer des objectifs et d’aligner la raison d’être avec l’Agenda 2030. C’est dans cette perspective que Veolia se donne pour mission de « Ressourcer le monde », en exerçant son métier de services à l’environnement. Les indicateurs de performance plurielle ont été construits pour contribuer à répondre à ces défis. Lutter contre le dérèglement climatique, préserver la biodiversité, renforcer la mixité et la formation des collaborateurs au sein de l’entreprise, favoriser l’accès et le maintien aux services essentiels ou la création d’emplois et de richesses dans les territoires, développer des solutions innovantes : ces enjeux sont tout autant prioritaires que la croissance du chiffre d’affaire ou la profitabilité des activités. En tout, ce sont 18 objectifs de progrès à horizon 2023 qui seront mis en œuvre à travers le plan stratégique Impact 2023 (voir schéma).

Enfin, les ODD challengent l’entreprise sur sa capacité à nouer de nouvelles collaborations : c’est à travers ce travail collectif et en nous appuyant sur notre capacité d’innovation que nous pourrons relever les défis liés à la préservation des ressources et aux enjeux des populations.

1 Baromètre ODD- BL Evolution – Septembre 2020
2 http://www.globalcompact-france.org/documents/barometre-odd-et-entreprises-francaises-edition-2020-131 – p. 14
3 En se contentant par exemple d’afficher ses logos dans ses publications, sans réellement s’interroger sur ses impacts sur la société.

Armelle Perrin-Guinot
Responsable valorisation du
développement durable
Veolia