La microfinance dans le monde a souvent été présentée comme une success-story, par sa capacité à contribuer au développement économique et à la réduction de la pauvreté, sur la base de résultats financiers pérennes. Les études d’impact menées ces dernières années et la clarification graduelle des modèles économiques des institutions de microfinance ont abouti à une vision plus réaliste du secteur, positive mais plus nuancée.

Quel bilan tirer de l’activité en France ? Outre l’activité de micro-assurance professionnelle, portée par la Fondation Entrepreneurs de la Cité, l’essentiel de la microfinance française repose sur le microcrédit, qui s’est développé dans les années 1980 pour le microcrédit professionnel et à partir de 2005 pour le microcrédit personnel, date de création du Fonds de Cohésion Sociale[1].

Si l’on observe en premier lieu le volume d’activité, on note avec satisfaction que sa croissance annuelle est positive depuis l’origine, l’encours total[2] ayant progressé en moyenne de 10% par an ces dernières années. Si l’on s’intéresse au nombre de microcrédits accordés, on constate que la somme des microcrédits personnels, cumulée à l’activité professionnelle de France Active, d’Initiative France et de l’ADIE, représente un total de 56 000 microcrédits ou assimilés, dont les trois quarts sont le fait des banques coopératives. C’est un nombre important certes mais, et la nuance est là, il est encore inférieur de moitié au besoin estimé par l’Inspection générale des finances[3].

Les études de référence, menées par France Stratégie[4] pour le microcrédit professionnel et par la Caisse des Dépôts[5] pour le microcrédit personnel, confirment l’utilité sociale et économique du microcrédit en France. En témoigne le taux d’insertion professionnelle des emprunteurs, de l’ordre de 91% pour les entrepreneurs et de 65% pour les particuliers. Pour autant, ces résultats ne doivent pas masquer le fait que 60% des emprunteurs professionnels considèrent insuffisants les revenus tirés de leur activité et qu’à peine plus du tiers des emprunteurs particuliers a vu sa situation budgétaire s’améliorer. Un bilan à relier au contexte macro-économique et à la situation du marché de l’emploi en France, qui n’enlève rien à l’efficacité du microcrédit au plan micro-économique.

De façon réaliste et déterminée, les acteurs français du microcrédit tentent, chacun à leur manière, d’étoffer leur offre de services, de l’améliorer et de mieux la cibler, afin d’accroître son impact. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous pouvons citer le programme « Cap’Jeunes » de France Active, les « initiatives remarquables » d’Initiative France ou encore la « micro-franchise solidaire » de l’ADIE. Pour le microcrédit personnel, les Caisses d’Épargne et Renault, en partenariat avec l’Action Tank Entreprise et Pauvreté, ont mis au point une offre de location de voitures, financée par le microcrédit, afin de permettre aux emprunteurs d’accéder à un véhicule neuf et leur éviter ainsi les difficultés causées par des véhicules d’occasion en mauvais état.

Autant de preuves d’un secteur innovant et dynamique, dont le déploiement doit se poursuivre, loin de l’agitation médiatique des débuts.

 

Florence Raineix
Directrice de la Fédération nationale des Caisses d’Épargne

 

[1] Fonds de garantie géré par la Caisse des Dépôts.
[2] Source : Observatoire de la microfinance (Observatoire de l’inclusion bancaire désormais).
[3] Source : Le microcrédit, rapport de l’IGF n°2009-M-085-03, 2009.
[4] Source : Microcrédit professionnel, étude BIT, France Stratégie et CSA, 2014.
[5] Source : Étude d’impact du microcrédit personnel, Caisse des Dépôts, 2010.

Cet article est tiré du Baromètre de la Microfinance 2017 téléchargeable ici.