Méthode d’origine anglo-saxonne s’inspirant des analyses coûts-bénéfices, le Social Return on Investment (SROI) vise à monétiser l’impact d’une organisation s’étant assignée une mission sociale.
Le SROI n’est pas un instrument propre à la microfinance ni un outil de mesure d’impact social. Il ne produit pas de diagnostic et n’aide pas plus les IMF à optimiser leur organisation que leurs produits. Ceci posé, il se révèle extrêmement utile pour des structures recourant à des financements extérieurs. Comme tout ROI, c’est un outil précieux pour convaincre un financeur que son investissement est rentable. En l’occurrence, financièrement car socialement rentable : cette assimilation est à la base de la démarche.

La mise en œuvre d’une telle approche SROI est la suite logique des pratiques de mesure d’impact déjà mises en œuvre par l’Adie. Trois enjeux avaient été identifiés en amont : crédibilité, transparence et communicabilité.

La crédibilité d’un SROI s’apprécie en fonction de deux facteurs : le périmètre retenu pour estimer les bénéfices et les coûts, et les principes de valorisation monétaire. On peut chercher à monétiser des bénéfices dits « indirects », voire aller jusqu’aux apports immatériels, par exemple les bénéfices psychologiques liés à la création d’entreprise. L’exercice est périlleux, c’est pourquoi l’approche a été cantonnée aux externalités tangibles, clairement identifiables et légitimement quantifiables en valeur monétaire.

Autre enjeu important, la transparence. L’approche SROI est caractérisée par des outputs simples à comprendre, mais qui résultent d’un processus élaboré. Au-delà des résultats, il fallait afficher les hypothèses retenues et la méthode utilisée, sans que celle-ci n’apparaisse comme une « boîte noire » opaque et complexe.

Enfin, la communicabilité appelait une méthode appropriable par des non experts, sans occulter la multiplicité des facteurs à intégrer et la complexité inhérente à leur chiffrage.

 

Un principe simple, des calculs complexes
Dans ce cadre, l’Adie a travaillé en 2016 avec le cabinet KPMG. Il s’est agi de chiffrer les bénéfices du microcrédit professionnel (coûts sociaux évités et recettes générées) pour, en les rapprochant du coût assumé par les financeurs (publics et privés), mesurer in fine l’efficacité économique de l’action. Ce principe simple appelle des calculs approfondis, en particulier pour le chiffrage des bénéfices.

Quatre sources de données ont été utilisées dans cette démarche SROI : les comptes financiers de l’Adie, les données clients issues de son système d’information, la statistique publique (Insee, CAF, etc) et la dernière étude d’impact du microcrédit professionnel en date.

Cette étude permettait de reconstituer des parcours types d’entrepreneurs : pérennité des entreprises, insertion des créateurs d’entreprise, durée de vie moyenne des structures non pérennes, montant de RSA perçu, nombre d’emplois créés, etc. Trois situations types ont été quantifiées : entreprise pérenne, entreprise non pérenne et créateur en emploi, entreprise non pérenne et créateur au chômage. On a ensuite affecté à chacune de ces situations et pour chaque année les coûts sociaux induits, les coûts évités et les bénéfices économiques générés.

Les coûts évités sont essentiellement de deux ordres. D’une part, l’action de l’Adie empêche le basculement d’un certain nombre de créateurs d’entreprise vers les minima sociaux après épuisement de leurs droits au chômage. D’autre part, les revenus d’activité entraînent une diminution du montant moyen des revenus sociaux versés, RSA notamment.

Les bénéfices économiques (création de valeur) sont quant à eux fortement associés aux recettes fiscales et sociales : celles basées sur l’activité des entreprises créées, incluant les taxes sur le chiffre d’affaires et les charges sur les emplois créés, et celles provenant des charges assises sur les salaires des entrepreneurs en cessation d’activité ayant retrouvé un emploi. Outre cette fiscalité directe, les revenus perçus donnent lieu à une fiscalité indirecte prise en compte dans le calcul.
Sur deux années cumulées (2013 et 2014), le coût du programme s’établit à 24,4 million d’euros, les coûts évités à 16,7 million d’euros, les bénéfices économiques générés à 45,3 million d’euros. Soit un retour social sur investissement de 37,7 million d’euros. Le ratio gains nets annuels cumulés sur coût du programme (après actualisation à leur valeur courante des flux monétaires perçus ultérieurement), montre que l’action de l’Adie est rentable à hauteur de 2,38 euros par euro investi et que son coût est amorti au bout de 14 mois.

Cette expérience, très enrichissante, est transposable dans d’autres contextes de la microfinance. Pour une IMF du Sud, les intrants du calcul seront très différents, pour autant le principe de raisonnement sera conservé. L’effort de transparence consenti ne peut que conforter les relations avec les investisseurs.

1 Retour social sur investissement.
Thierry Racaud
Directeur des Etudes
Adie