A l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire, nous republions cet article sur l’économie circulaire dans le secteur de la grande distribution. Issu du 5e Baromètre de l’Entrepreneuriat social, paru en janvier 2017, cet article a été écrit par Jean Moreau, co-fondateur et président de l’entreprise sociale PHENIX. PHENIX est une entreprise sociale qui accompagne ses clients dans leur transition vers le tournant de l’économie circulaire, en répondant avec les solutions les plus innovantes et adaptées aux problématiques de réduction de gaspillage et de valorisation des déchets.

Quand on aborde la question du gaspillage alimentaire en France, 2 réalités s’opposent aujourd’hui. Alors que 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées tous les ans, représentant un coût de 16 milliards d’euros, près de 6 millions de Français ne se nourrissent pas correctement, aussi bien en quantité qu’en qualité.

C’est sur la base de ce double constat qu’est née l’entreprise sociale PHENIX en mars 2014. Sa vocation est de réduire le gaspillage en donnant une deuxième vie aux invendus de la grande distribution, notamment via un vaste réseau de partenaires associatifs.

De son côté, l’enseigne E.Leclerc s’organise dans la lutte anti-gaspillage depuis quelques années déjà. Plusieurs de ses magasins ont en effet initié des programmes de dons de leurs excédents, signant entre autres une convention-cadre avec les Banques Alimentaires. C’est d’ailleurs avec les Banques Alimentaires que E.Leclerc et d’autres organisations ont créé « Bon et Bien », la désormais célèbre marque de soupes #antigaspi ayant reçu le Prix Convergences Spécial Europe en 2014.

Comment les chemins de ces 2 entreprises se sont-ils croisés ? E.Leclerc a récemment décidé de passer à la vitesse supérieure dans la lutte anti-gaspillage en s’adjoignant les services de PHENIX. L’entreprise sociale épaule le groupe dans le coaching des équipes en magasin, la coordination logistique des collectes, le suivi administratif des dons via une plateforme numérique et la diversification de son réseau associatif de redistribution.

L’exemple du Centre E.Leclerc de Rueil-Malmaison

Les objectifs communs du partenariat E.Leclerc-PHENIX sont de professionnaliser l’activité de revalorisation des invendus et de mettre en place une politique de dons de qualité, le tout dans une dynamique de réduction des déchets. Cela s’illustre dans le Centre E.Leclerc de Rueil-Malmaison qui est dorénavant en capacité de donner la quasi-totalité de ses produits à Date Limite de Consommation (DLC) courte. En effet, PHENIX a su fédérer diverses organisations locales telles que Le Relais Sévrien ou les associations Dir el Kheir et Frères Humains. Elle a même mobilisé le cirque Gruss voisin pour qu’au lieu de les jeter, certains invendus reviennent à l’alimentation animale.

 

Depuis 2015, le magasin a ainsi sauvé de la poubelle près de 350 tonnes de produits alimentaires, soit l’équivalent de plus de 700 000 repas redistribués, toujours dans une logique de circuits courts et de proximité.

L’équation économique qui sous tend ce partenariat tripartite est simple : au lieu de payer pour détruire (coûts de collecte, location de bennes, taxe de mise en décharge, incinération ou enfouissement), le magasin économise ces dépense et bénéficie par ailleurs d’une réduction d’impôt égale à 60% de la valeur des produits au titre du don en nature effectué à une œuvre d’intérêt général. Des gains substantiels sur lesquels PHENIX applique son modèle économique de commissionnement sur la valeur créée.

C’est ce modèle qui a permis à PHENIX de convaincre, en 2 ans, près de 400 points de vente, dont une vingtaine de magasins E.Leclerc, et de créer une quarantaine d’emplois dans 12 régions françaises.

Et demain ? Ce beau partenariat gagnant-gagnant a la chance d’être porté par un contexte sociétal, médiatique et politique favorable à la lutte contre le gaspillage alimentaire, avec le vote à l’unanimité d’une loi « antigaspi » au mois de mars 2016, rendant obligatoires les pratiques de dons pour toutes les surfaces supérieures à 400 m².

Cette loi exemplaire, pour laquelle la France a agi en pionnière (il faut s’en féliciter) est en train d’essaimer au niveau européen, puisqu’elle a été dupliquée en Italie et en Finlande. Des discussions similaires sont également en cours dans plusieurs autres pays, comme la Belgique.

PHENIX et E.Leclerc comptent bien lui emboîter le pas et déployer leurs solutions collaboratives françaises au niveau européen, pour créer de la valeur économique, sociale et environnementale et contribuer à participer à la transition vers une économie plus circulaire et plus solidaire !

Jean Moreau

Co-fondateur et président

PHENIX