En Europe, l’entrepreneuriat social s’est imposé dans les agendas politiques suite aux mesures prises dans le cadre de la stratégie Europe 2020, avec des taux de pénétration différents selon les pays.

L’entrepreneuriat social est reconnu comme une force de changement, partout dans le monde et par une diversité d’acteurs – institutions internationales, décideurs politiques, monde des affaires, société civile, citoyens. Ce phénomène mondial se déploie, depuis les années 1990, à des échelles bien souvent locales, émergeant dans des contextes socio-politiques variés. Plusieurs initiatives contribuent à dresser un état des lieux et à révéler ces différences régionales. Mentionnons par exemple les travaux de l’OCDE, de l’Union européenne1 (UE), du réseau de recherche EMES, du CIRIEC International, ou encore le projet ICSEM qui compare les modèles d’entreprises sociales et leur processus d’institutionnalisation à travers le monde.

En Europe, l’entrepreneuriat social s’est imposé dans les agendas politiques suite aux mesures prises dans le cadre de la stratégie Europe 2020, avec des taux de pénétration différents selon les pays. À titre d’exemple, une étude du CIRIEC montre qu’en 2015, l’emploi salarié dans l’économie sociale comptait pour 9 à 10% de la population active en Belgique, en France, en Italie, au Luxembourg ou aux Pays-Bas, alors que ce chiffre est inférieur à 2% en Croatie, Lituanie, Slovaquie, Slovénie ou Roumanie2. En Europe de l’Est, dans les Balkans ou dans les pays baltes, un intérêt nouveau pour l’entrepreneuriat social se remarque, notamment de la part des décideurs politiques, favorisant une évolution positive des écosystèmes3.

Au-delà du vieux continent, l’entrepreneuriat social a également intégré les agendas politiques. En Amérique du Nord, en Océanie ou en Asie – avec des différences régionales significatives –, cela se manifeste par l’effort conjoint des pouvoirs publics et des acteurs de terrain pour consolider des écosystèmes favorables. Mentionnons par exemple les développements de longue date au Québec – en 2016, le Québec comptait 11 200 entreprises d’économie sociale qui employaient 220 000 salariés4 –, ou plus récents en Corée du Sud – en 2016, les entreprises sociales y employaient 39 195 travailleurs, soit 1,5% de l’emploi total. En Afrique et en Amérique Centrale et du Sud, la question entre aussi dans les préoccupations politiques et de la société civile, mettant notamment en lumière le rôle que l’entrepreneuriat social peut jouer pour renforcer les dynamiques communautaires, ou face à des problématiques sociales et écologiques.

Diverses initiatives contribuent à documenter l’entrepreneuriat social, mais plusieurs défis doivent être dépassés pour améliorer encore la connaissance de ce phénomène. Le manque de données statistiques fiables – et comparables à l’échelle mondiale – sur l’ampleur du phénomène et sa contribution à la création de valeur économique et sociale reste une faiblesse. Soulignons les efforts à cet égard des offices nationaux de statistiques, d’Eurostat, et le développement dans certains pays de comptes satellites5 pour les institutions sans but lucratif6.

Au-delà des chiffres, une compréhension fine des contextes d’émergence de l’entrepreneuriat social, de ses réalités et des conditions de sa diffusion, se révèle essentielle pour soutenir son développement. L’évaluation de son impact social doit aussi être renforcée pour appréhender sa contribution dans la transition écologique, économique et sociale et démontrer la plus-value des réponses qu’il apporte. À cet égard, des initiatives telles que le Better Entrepreneurship Policy Tool7, ou l’action “Promoting Social and Solidarity Economy Ecosystems” menée par l’OCDE avec le soutien financier de l’UE, dans les pays membres de l’UE et 6 pays hors-UE, seront utiles pour révéler le plein potentiel de l’entrepreneuriat social comme levier d’un développement plus inclusif et durable.

Julie Rijpens
Policy Analyst, Social Economy and Innovation Unit
&
Antonella Noya
Head, Social Economy and Innovation Unit
OECD

Notes de bas de page

1 European Commission (2020), Social enterprises and their ecosystems in Europe. Comparative synthesis report, Publications Office of the European Union, Luxembourg.
2 CIRIEC (2017), Recent evolutions of the Social Economy in the European Union, European Economic and Social Committee, European Union, Brussel.
3 Voir par exemple les Policy Reviews “Boosting social entrepreneurship and social enterprise development” publiés par l’OCDE sur l’Estonie (2020 – https://doi.org/10.1787/8eab0aff-en), la Lituanie (2019 – https://doi.org/10.1787/502fc6ef-en) et la République de Serbie (2013 – https://doi.org/10.1787/5k3xz6lswcwl-en).
4 Institut de la statistique du Québec (2019), L’économie sociale au Québec. Portrait statistique 2016, Québec, Institut de la statistique du Québec (disponible en ligne).
5 Un compte satellite est un cadre de présentation des données de l’économie d’un domaine particulier en relation avec l’analyse économique globale du cadre central de la comptabilité nationale. (www.insee.fr)
6 OECD (2017), Towards Satellite Accounts for Third Sector and Social Economy: challenges and opportunities. Concept Note, Working seminar co-organised by the European Commission and the OECD, Paris, 16 octobre 2017. https://www.oecd.org/cfe/leed/working-seminar-on-satellite-accounts.htm
7 L’outil “Better Entrepreneurship Policy”, développé par l’OCDE et l’Union Européenne permet d’évaluer l’écosystème et de déterminer si les politiques et programmes actuellement en place favorisent la création et le développement d’entreprises sociales.
http://www.betterentrepreneurship.eu.