Tribunal pour les Générations Futures

 

L’aide publique au développement est-elle une arnaque ? 

Les générations futures ne sont jamais représentées juridiquement. Et pour cause : elles n’existent pas ! Avec le Tribunal des générations futures, évènement imaginé par Usbek & Rica, les générations futures deviennent enfin sujets de droit. C’est avec cet espace-temps alternatif, qui reprend les codes de la conférence en y apposant la scénographie d’un procès – un format original et décalé permettant de saisir les enjeux liés à une grande problématique d’avenir – que s’est ouvert le 11e Forum mondial.

La France, par la voix de son Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères Jean-Yves le Drian, confirmait lundi 3 septembre une augmentation de son Aide publique au développement (APD) de près d’un milliard d’euro pour l’année prochaine, avec pour objectif d’atteindre 0.55% du PIB (soit 6 milliards d’euros supplémentaires) d’ici 2022.

Dans ce contexte, le Tribunal pour les générations futures a abordé avec transparence les questions suivantes, et bien d’autres :

Les moyens mis en œuvre pour favoriser l’essor des pays en voie de développement (PED) sont-ils suffisants et adaptés ? Peut-on parler de « non-assistance à pays en danger » ?

L’APD représente le seul fonds d’aide publique et il est essentiel au développement de services publics dans les pays bénéficiaires. Le supprimer voudrait dire céder l’aide à l’entière discrétion des bailleurs privés. Quant aux bailleurs publics, ils n’auraient plus à payer ! Sans l’APD, on mettrait en place une logique de marché, une concurrence entre pays, on augmenterait le risque de l’endettement. C’est un système essentiel pour assurer des services publics là où les ressources ne sont pas suffisantes

Esther Schneider

IRIS

Le fonctionnement de l’Agence française de développement (AFD), à la fois agence et banque, est financé par le produit de son activité, tandis que le contenu proprement dit des projets l’est par le contribuable. Il s’agit d’argent public. Lequel implique justification et contrôle rigoureux des sommes engagées.

Yves Guicquero

AFD

Quand l’aide faillit, par exemple lors du financement de garde-côtes libyens pour contenir l’afflux d’exilés, on change d’orientation et on rend des comptes. Les multinationales modifient-elles leur attitude lorsqu’un scandale les éclabousse ?

Vincent Edin

Usbek et Rica

Est-ce fondé d’accuser l’Aide publique au développement (APD)
de servir avant tout les intérêts des bailleurs ?

Oui, l’APD est le marqueur d’une politique étrangère et oui, il y a un intérêt des pays bailleurs. Or, l’intérêt de ces pays est aussi que le monde aille mieux. Quand un pays en aide un autre, il s’agit de solidarité, d’influence et de responsabilité… L’APD est un concept ancien certes et qui mériterait d’être modernisé. Mais c’est avant tout un vecteur, un effet de levier qui va permettre d’orienter les politiques publiques et de mobiliser le secteur privé qui investira par la suite

Yves Guicquero

AFD

Existe-t-il un lien prouvé entre l’APD et la corruption dans les PED ?

La corruption ne touche pas que les gouvernements, elle recouvre des réalités très diverses et elle ne doit pas servir d’argument pour ne pas coopérer du tout

Esther Schneider

IRIS

Enfin, ce dispositif fait-il obstacle à l’émergence de nouveaux acteurs pour le développement ?

Cette aide devrait se négocier entre gouvernements, secteurs privés et sociétés civiles

Viviane Onano

Water Aid & UN Women Civil Society Advisory Group

Verdict à l’issue des débats 

Si on peut souligner le caractère imparfait de cette aide, l’APD n’est pas une arnaque mais un outil largement perfectible, notamment en termes de mesure des résultats et de dialogue avec les sociétés civiles locales.

Retrouvez également les dessins illustrant les débats de Tommy

ILS ÉTAIENT PRÉSENTS POUR EN PARLER

  • Vincent Edin, Journaliste
  • Yves Guicquéro, Agence Française de Développement (AFD)
  • Thierry Keller, Usbek & Rica
  • Vivian Onano, Water Aid & UN Women Civil Society Advisory Group
  • Rosalie Salaün, Groupe des élus écologistes
  • Esther Schneider, Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)
  • Tommy, Dessinateur