Selon une étude Harris Interactive de Septembre 2015[1], 59 % des dirigeants d’entreprise TPE-PME estiment que la transition numérique est importante pour leur entreprise. En effet, de nombreux signaux montrent qu’elle est inévitable : l’industrie se robotise de manière constante. Chaque jour, de nouveaux services sont dématérialisés puis administrés via une application mobile et « l’Internet des choses » se répand au sein de nos foyers à grande vitesse. Ce changement de paradigme engendre des mutations au sein des entreprises, et les acteurs de l’entrepreneuriat social n’en sont pas épargnés : des méthodes de travail aux contours-mêmes des responsabilités de chaque employé, toutes les strates de l’organisation sont visées. Certains ne cachent pas leur inquiétude : aliénation au travail, déshumanisation du lien avec les bénéficiaires ou perte de sens, les risques peuvent être nombreux. Comment faire de cette transformation numérique une opportunité pour ces opérateurs de l’intérêt général ?

La difficulté majeure de cette transition est que ses enjeux sont multiples et peuvent concerner la gestion de l’entreprise sociale aussi bien que la façon dont celle-ci mène sa mission auprès de son public bénéficiaire. Il est donc important d’établir les domaines de l’organisation qui ont le plus à gagner avec cette transition. Par exemple, la multitude d’outils numériques à disposition des entrepreneurs aujourd’hui leur permet un pilotage plus précis et une vision de leur activité plus détaillée. Les porteurs de projets et dirigeants peuvent collecter et traiter de nombreuses données au sujet de leurs programmes, ressources et bénéficiaires afin d’obtenir une photographie claire de leur organisation, de leur efficacité économique et surtout de leur performance sociale.

La transformation numérique offre une possible réponse aux enjeux de transparence auxquels ces entreprises sont soumises au quotidien, de la part de leurs équipes et particulièrement de leurs parties prenantes. En effet, les entrepreneurs sociaux se distinguent par leur volonté de construire un projet social ou sociétal avec une recherche de performance et de résultats assumée. La transformation numérique des organisations est d’ores et déjà un levier incontestable pour faciliter leurs démarches de mesure d’impact social : les opérateurs sociaux peuvent mieux communiquer auprès de leurs publics cibles, mieux suivre leur parcours tout au long de leur accompagnement et recenser l’évolution de leurs besoins de manière plus assidue et plus fine. Ainsi, ils peuvent s’adapter en permanence aux besoins de leurs bénéficiaires, en ajustant les prestations existantes, en développant de nouveaux services voire en arrêtant ceux qui ne sont plus pertinents.

Cette agilité peut leur permettre par la même occasion d’accéder à de nouvelles sources de financement, mais aussi à de nouveaux publics. Elle ouvre, en effet, des opportunités auparavant peu explorées dans l’intégration de nouveaux bénéficiaires via, par exemple, l’accompagnement à distance de publics fragiles ou isolés. Ceci amène les entrepreneurs sociaux à développer de nouvelles compétences et expertises, ce qui créera, à terme, de nouveaux métiers et par conséquent, des emplois. Cette transition est une opportunité de plus pour aider ces entrepreneurs du changement à déployer de nouvelles solutions à des problématiques encore mal servies et adressées. En alliant modernité et compétitivité, elles auront le potentiel de dynamiser l’offre au service de notre économie.

Une étude réalisée par l’Observatoire IDC[2] prévoit que 60% de l’effectif des entreprises disposera de compétences en matière de technologies numériques d’ici à 2020. De grands changements sont en cours, il est donc important de s’y préparer, notamment en accompagnant les équipes à comprendre les enjeux et opportunités derrière cette transition et en les formant aux outils et méthodes qu’ils auront à utiliser. Organisée en bonne entente avec les parties prenantes (salariés, partenaires et publics bénéficiaires), cette transformation peut être source de belles avancées pour les entrepreneurs sociaux, qui verront leur impact social démultiplié sans que leur mission sociale en soit dénaturée.

 

Eve Durquety, Consultante Economie sociale et solidaire, KPMG France

Sedera Ranaivoarinosy, Chargée de communication et marketing,

KPMG France

 

[1] http://presse.experts-comptables.com/dp_70econgres_transition_numerique/

[2] https://news.microsoft.com/fr-fr/2014/02/13/observatoire-idc-pour-microsoft-la-transformation-numerique-des-metiers-de-lentreprise/