Le défi du changement climatique

De nouvelles données sur le changement climatique continuent de faire leur apparition, et elles sont rarement bonnes. Les niveaux de CO2 ont atteint des sommets historiques. Les glaciers continuent de fondre. Les catastrophes naturelles liées au climat, comme les ouragans ou la sécheresse, augmentent tant en fréquence qu’en gravité.

L’humanité a cependant toujours été confrontée à d’énormes défis, depuis les pandémies jusqu’aux conflits mondiaux. Tout en constituant une menace existentielle pour notre espèce et à notre environnement, le changement climatique est légèrement différent : c’est une crise qui avance lentement, et que nous pouvons affronter avec des innovations dans le domaine de la science, de la science, la technologie et l’innovation.

Les gouvernements et les entreprises commencent lentement à adopter des politiques d’atténuation face au changement climatique – en promouvant notamment l’utilisation de carburants plus propres et renouvelables. Bien que cela soit nécessaire, ce n’est pas suffisant. Nous devons également concentrer nos ressources sur une adaptation1  menant à la résilience2, ce qui est particulièrement crucial pour les populations les plus sensibles aux effets du changement climatique : les communautés vulnérables (et plus particulièrement rurales), exclues financièrement, vivant dans des pays à faible revenu.

Le problème se compose d’au moins quatre facettes. Premièrement, les moyens de subsistance de ces communautés proviennent des activités les plus touchées par le changement climatique (l’agriculture, la sylviculture, la pêche etc.). Deuxièmement, leurs pays et régions seront les plus touchés par les facteurs de stress climatique, comme les inondations, l’élévation du niveau de la mer, la sécheresse, les tempêtes extrêmes, l’érosion et les épidémies. Troisièmement, cette vulnérabilité directe est souvent exacerbée par les faibles capacités économiques et institutionnelles des pays les plus touchés. Et quatrièmement, toutes ces conséquences sont multipliées par le risque croissant de migration induite par le changement climatique, qui pousse les populations affectées vers les zones urbaines et au-delà des frontières en tant que réfugiées.

Dans les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, de la sylviculture et de la pêche, de nombreuses solutions émergent afin de renforcer la résilience des groupes vulnérables face au changement climatique grâce à l’adaptation à des environnements en constante modification (ex : réduction des eaux pluviales, décalage des saisons ou encore températures plus élevées,).

Une telle adaptation est possible grâce aux diverses activités et techniques (comme des techniques d’agriculture et d’élevage innovantes) qui permettent d’augmenter la productivité dans des contextes difficiles. Cette adaptation peut également prendre la forme d’une anticipation croissante des chocs futurs, par l’utilisation de matériaux résistants pour protéger les maisons, les entreprises et les terres, sans pour autant recourir à des stratégies d’adaptation coûteuses (dettes insoutenables, vente de moyens de production etc.). Dans ces deux cas, l’accès aux services financiers et non financiers peut aider les ménages à s’adapter.

Microfinance et résilience face au changement climatique

Le rôle du secteur de la microfinance dans l’augmentation de cette résilience est vaste : des prêts pour financer des investissements dans l’irrigation, des semences résistantes à la sécheresse ou d’autres solutions adaptatives ; des polices d’assurance pour garantir une meilleure résistance aux chocs ; des services de transfert et d’envoi de fonds pour apporter de l’aide suite aux catastrophes naturelles liées au climat ; ou la facilitation de la planification financière à long terme des clients, y compris par le biais de produits d’épargne, pour les aider à créer des activités économiques plus adaptables.

En outre, les institutions au service de ces clients sont également souvent vulnérables aux effets du changement climatique. Pour renforcer leur résilience, ces institutions doivent être résilientes elles-mêmes. Ceci exige de s’adapter à l’évolution de la situation économique de leurs clients (y compris leur capacité à rembourser leurs dettes), et de mettre en place des systèmes qui permettent d’apporter des réponses rapides et efficaces aux catastrophes climatiques (inondations, ouragans, etc).

Enfin, les services financiers peuvent être complétés par des produits et des services non financiers capables de combler les lacunes en matière de capacité, tels que la sensibilisation et la compréhension des risques climatiques par le biais d’une assistance technique et de la formation ; la promotion de normes de construction qui augmentent la résilience face aux inondations et aux vents violents ; l’intégration, dans la planification institutionnelle, d’évaluations des risques climatiques et des conditions météorologiques extrêmes – aidant ensuite les clients à utiliser ces données dans le cadre de leurs activités économiques.

Toutes ces activités peuvent être davantage exploitées grâce à des partenariats avec notamment des compagnies d’assurance, des chercheurs, des fintech ou d’autres fournisseurs de services techniques spécialisés dans les causes et les conséquences du changement climatique pour les populations vulnérables, et des solutions pour en atténuer les effets.

Le Prix européen de la Microfinance 2019 « Renforcer la résilience au changement climatique », co-organisé par la Plateforme européenne de la Microfinance (e-MFP), a lancé un appel à candidature pour les organisations travaillant sur cet enjeu et a reçu la candidature de 42 organisations issues de 27 pays, dont 18 institutions financières non bancaires, 5 banques, 4 ONG et 15 autres de catégories diverses. Parmi ces candidatures figurent des innovations en matière d’assurance indicielle, d’amélioration des pratiques agricoles, de développement de la chaîne de valeur, d’amélioration de la nutrition, d’éducation, d’énergie propre, d’utilisation de technologies telles que les données de géolocalisation et la préparation aux catastrophes, etc.

La portée et l’étendue des réponses que ces candidatures représentent soulignent l’ampleur du rôle que le secteur peut jouer pour aider les personnes exclues financièrement à s’adapter à un climat en mutation. Et ce n’est que le début.

1 Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) définit « l’adaptation » comme « une démarche d’ajustement au climat actuel ou attendu, ainsi qu’à ses conséquences. »
2 « Résilience » fait référence à des systèmes dont l’efficacité climatique est démontrée pour l’avenir. Il s’agit de la capacité des systèmes écologiques, sociaux ou économiques à s’adapter aux perturbations climatiques réelles ou attendues et à leurs effets ou impacts.

DANIEL ROZAS
EXPERT EN MICROFINANCE SENIOR &
SAM MENDELSON
SPÉCIALISTE DE L’INCLUSION FINANCIERE
EUROPEAN MICROFINANCE PLATFORM (E-MFP)