«Contrairement aux pays du Sud, aucun acteur du microcrédit en France n’équilibre ses comptes sur la base des seuls revenus financiers tirés de cette activité. »1 Tel est le constat dressé par le Bureau International du Travail en 2015, reprenant lui-même l’analyse faite par l’Inspection générale des finances cinq ans plus tôt. A titre d’exemple, malgré une efficacité opérationnelle qui n’est plus à prouver, deux tiers des ressources de l’Adie proviennent de fonds publics ou de la générosité privée 2.
En France, la recherche d’un équilibre financier s’accompagnerait d’une forte augmentation des taux d’intérêt du microcrédit, au-delà de 30%3, ce qui ne serait pas socialement acceptable. La performance des acteurs n’est pas en cause. Les études comparatives, et notamment l’enquête du Réseau Européen de la Microfinance, montrent que l’efficacité opérationnelle des acteurs français est parmi les plus élevées au monde4.Pour autant, les revenus générés par la distribution du microcrédit couvrent à peine le quart de leurs dépenses.

Comment expliquer ce déséquilibre ? Une première explication est l’étroitesse de la demande, en comparaison de pays tels que le Bangladesh, ce qui limite les économies d’échelles. Le ciblage d’un public éloigné de l’emploi, souvent précaire, dont l’accompagnement représente un coût difficile à amortir en est une autre. En Espagne, un cas se distingue : Microbank de la Caixa Bank a souvent été cité comme un exemple de microcrédit rentable. Mais il faut préciser que la décision d’octroi de Microbank repose sur un scoring à distance, à partir de dossiers instruits gratuitement par plus de 500 organisations partenaires, ce qui revient à externaliser le coût de l’accompagnement.

Fort de ces constats sur la nature du microcrédit en France, les Caisses d’Epargne et leurs partenaires défendent un modèle économique hybride qui repose à la fois sur l’action d’opérateurs privés – qu’ils soient associatifs ou bancaires – et sur des financements publics capables de prendre en charge une partie du coût du risque, ainsi que le coût de l’accompagnement. A cet égard, le Fonds de Cohésion Sociale (FCS), doté par l’Etat et géré par la Caisse des Dépôts et Consignations, joue un rôle important en garantissant une part significative du microcrédit en France et en finançant pour partie les réseaux d’accompagnement.
La décision récente du gouvernement de rétablir et de pérenniser la dotation du FCS à hauteur de 20 millions d’euros par an, contre 14 millions d’euros en 2018, devrait contribuer à dynamiser l’activité. Plus qu’une dépense, la dotation de l’Etat au FCS est un investissement socialement rentable, si l’on en juge les études (voir p.6) ayant démontré l’impact positif du microcrédit sur les emprunteurs et sur la société. A titre d’exemple, un emprunteur sur deux affirme que l’octroi d’un microcrédit personnel lui a permis d’améliorer ou de protéger sa situation professionnelle. Plutôt que d’opposer « social » et « rentable », le microcrédit en France conjugue ainsi les deux, tant que la rentabilité est considérée au-delà de sa stricte dimension financière.

1 Le microcrédit en France et en Europe en 2030, Bureau International du Travail, 2015.
2 Le microcrédit, Inspection générale des finances, 2009.
3 Programme d’action et budget de l’Adie, Adie, 2016.
4 Microfinance in Europe : a Survey of EMN-MFC Members, European Microfinance Network, 2016.

CEDRIC TURINI
RESPONSABLE RSE
FEDERATION NATIONALE DES
CAISSES D’EPARGNE (FNCE)