Quatre ans jour pour jour après l’adoption de l’Agenda 2030 par les 193 États membres des Nations unies, Focus 2030 a souhaité faire le point sur l’état des connaissances des Français sur les Objectifs de développement durable. Un sondage exclusif a donc été réalisé auprès d’un échantillon de plus de 6 000 personnes représentatives de la population française dans le cadre du projet de recherche « Aid Attitudes Tracker » mené conjointement avec UCL (University College London) et Birmingham University.

Les conclusions sont sans appel : les Objectifs de développement durable (ODD) demeurent largement méconnus en France. Seuls 9% de nos concitoyens affirment les connaître, quand 31% indiquent en avoir entendu parler sans vraiment savoir de quoi il s’agit. Des résultats sensiblement identiques sont d’ailleurs observés dans les autres pays où cette enquête comparative est menée : Allemagne (9%), États-Unis (8%), Royaume-Uni (9%) où, comme en France, le niveau de connaissance demeure stable ces deux dernières années.

On constate cependant que plus le niveau d’instruction des répondants croît, plus le niveau de connaissances déclaré des ODD augmente, atteignant 19% parmi les titulaires d’un Bac+5 contre 6% pour les non-diplômés, un fait vraisemblablement à corréler avec les pratiques culturelles de ces groupes et notamment leur exposition à l’actualité internationale.

De manière plus inattendue, tout porte à croire que le voyage participe à une plus large connaissance des ODD. Indépendamment du niveau d’instruction, les français s’étant déplacés en dehors de l’hexagone ces trois dernières années sont un tiers de plus à connaître les ODD que la moyenne. Cette proportion augmente même sensiblement parmi ceux s’étant rendus dans un pays dit « en développement ».

Interrogés plus en détail sur la nature des ODD, le niveau de méconnaissance de nos concitoyens se confirme : 8% savent que les ODD sont au nombre de 17,  29% supputent qu’ils relèvent de la responsabilité de l’ensemble des pays, du Nord comme du Sud, de les réaliser et seuls 12% savent que l’échéance fixée pour leur réalisation est 2030.

À qui la faute ?

Si les gouvernements sont redevables, vis-à-vis de leurs citoyens et de la communauté internationale, de la mise en œuvre de politiques publiques efficaces et cohérentes en vue de la réalisation des ODD, force est de constater qu’ils sont absents du débat politique. C’est ce que nous confirme l’analyse du nombre de références aux ODD dans les communications de chacun des ministères et au sommet de l’État.

En examinant l’ensemble des sites web de l’exécutif, on ne peut que constater une faible appropriation des ODD par les pouvoirs publics de manière générale, avec toutefois des ministères qui jouent le jeu. Ainsi, dans les Ministère de la Transition écologique et solidaire

(1 140 mentions des ODD), de l’Europe et des Affaires étrangères (932 mentions) et de l’Économie et des finances (669 mentions) se détachent-ils de leurs homologues. Les autres ministères font en effet figure de parents pauvres, au premier titre desquels, Matignon et l’Élysée, avec respectivement 18 et 23 mentions seulement des ODD sur leur site web à l’heure où nous écrivons ces lignes.

À l’heure où les tentations de repli et les incompréhensions vis-à-vis du monde qui nous entoure se multiplient, ni les citoyens ni les élites ne semblent avoir connaissance du seul agenda visant à résoudre rapidement les plus grands défis planétaires. Mener à bien les réformes nécessaires pour une intégration de l’ensemble des ODD dans les politiques publiques d’ici 2030 nécessitera pourtant un effort de communication et de mobilisation sans précédent. Aux acteurs de la société civile, médias, collectivités locales, décideurs de prendre leur part pour faire vivre cet agenda. Et vite.

FABRICE FERRIER
DIRECTEUR
FOCUS 2030