LES BELLES HISTOIRES

La belle histoire de Passeport Avenir (Article 1) : Rencontre avec Sébastien Lailheugue, représentant du projet lauréat du Prix Convergences France en 2015.

À propos de Passeport Avenir

L’association Passeport Avenir a été créée en 2005 avec pour objet d’accompagner des jeunes, issus de milieux défavorisés (quartiers sensibles, zones rurales) depuis le lycée jusqu’à l’obtention de leur diplôme de grande école ou d’université par le biais du tutorat professionnel. Avec l’aide de cadres d’entreprise bénévoles, l’association fait découvrir à ces étudiants le monde du travail. Depuis 2005, Passeport Avenir a ainsi assuré le tutorat de 18 280 étudiants. En 2017, l’association fusionne avec Frateli une autre association agissant dans le même domaine pour créer Article 1.

Le projet Passeport Avenir a reçu le Prix Convergences en 2015.

Benjamin Blavier, Directeur général de Passeport Avenir, a participé au Grand Prix Convergences 2017 lors du 10e Forum Mondial Convergences.

 

Découvrez-en plus sur Passeport Avenir avec la vidéo publiée par RendezvousduFutur.

« On avait remarqué que dans les premiers freins il y avait l’autocensure, le manque de connaissance au lycée mais aussi post-BAC des opportunités de carrière et du monde du travail. Ce manque d’informations pour bien s’orienter est important. »

Quel est le parcours de Benjamin Blavier, le fondateur de Passeport Avenir ?

Benjamin Blavier, le directeur et fondateur du projet, a fait une formation en droit. Il était très sensibilisé aux questions d’égalité des chances. Il vient de la Réunion dans une ville où il y a énormément de diversité et de richesse culturelle. En arrivant en métropole, Benjamin a vraiment vu que, en fonction des territoires dont vous venez, vous expérimentiez une ségrégation spatiale. Les différentes couches de la population ne se mixent pas forcément. Ce constat l’avait marqué. C’est pour cela que son parcours a été marqué par la question de la sensibilisation et la participation des entreprises à ces enjeux d’égalité des chances et de non-discrimination. A la suite de sa formation professionnelle en ressources humaines, Benjamin a commencé à travailler, notamment chez SFR en tant que directeur de la responsabilité sociale et de l’innovation RH, et a pu commencer à mettre en place des politiques favorables à l’égalité des chances. En créant Passeport Avenir, il a souhaité aller encore plus loin, et a vraiment trouvé un moyen de mettre en relation entre les jeunes et les collaborateurs du secteur privé avec un double impact : une aide apportée aux jeunes pour avoir plus de perspectives professionnelles et une sensibilisation très forte des entreprises aux questions de discrimination.

Quelle a été la genèse du projet ?

Il faut se remettre dans le contexte de 2005 qui est une période où on parlait beaucoup de discrimination. Enormément d’entreprises s’interrogeaient sur la lutte contre la discrimination et les politiques d’embauches. Il se trouve que Benjamin Blavier travaillait à l’époque aux ressources humaines chez SFR. Benjamin avait mis le doigt sur un vrai souci en regardant la population des collaborateurs. Il y avait une vraie diversité, mais qui se raréfiait dès lors qu’on montait dans les échelons. Entre les populations de techniciens et d’ingénieurs il y avait une différence d’origine sociale, territoriale. L’idée de Benjamin a été de se demander comment faire pour accompagner les jeunes qui se « cantonnent » ou qui se limitent à des BAC professionnels alors qu’ils auraient vraiment la possibilité de poursuivre des études dans des écoles d’ingénieurs et d’intégrer des entreprises à un niveau de responsabilité important.

« Le projet de passeport Avenir et venu de tout ça. De la question de comment aider les jeunes du lycée à se projeter dans des études supérieures longues, et puis une fois qu’ils sont engagés dedans, comment leur garantir les chances de succès ? »

Il commence donc à contacter les grandes écoles déjà en relation avec SFR, et se rend compte que le filtre se fait bien en amont des grandes écoles, en amont aussi des prépas qui amènent à ces écoles. Ce sont majoritairement des jeunes de milieux favorisés qui s’orientent vers des écoles d’ingénieur. Finalement, c’est au niveau du lycée que ça se passe. Le projet de passeport Avenir est venu de tout ça. De la question de comment aider les jeunes du lycée à se projeter dans des études supérieures longues, et puis une fois qu’ils sont engagés dedans, comment leur garantir les chances de succès ?

« Finalement, ce qui fait la différence entre les jeunes, ce sont les points d’accès avec des personnes qui sont capables de décoder l’enseignement supérieur, donc capables de les conseiller. »

Nous avions remarqué que dans les premiers freins il y avait l’autocensure, le manque de connaissance au lycée mais aussi post-BAC des opportunités de carrière et du monde du travail. Ce manque d’informations pour bien s’orienter est important. Il y a un vrai manque au niveau des codes, ceux qu’on n’apprend pas mais qui sont essentiels pour passer des concours, des oraux…Finalement, ce qui fait la différence entre les jeunes, ce sont les points d’accès avec des personnes qui ont capables de décoder l’enseignement supérieur, donc capables de les conseiller. Le constat : l’entreprise regorge de personnes capables de fournir ces conseils. On peut les utiliser pour intervenir directement dans les lycées auprès de ces jeunes. C’est ce qui a donné naissance au programme que nous menons dans les lycées, qui est un programme de sensibilisation super et en post bac un programme de mentoring.

Le Prix Convergences a-t-il eu un impact important sur vos partenariats ?

Oui, le Prix Convergences nous a donné une visibilité en externe. L’obtention du prix a créé un appel d’air, nous avons été contactés par des partenaires pédagogiques, par des collaborateurs d’entreprises qui disaient avoir entendu parler de nous avec le Prix et qui voulaient savoir comment ils pouvaient nous aider, contribuer au projet.

En termes d’image ça a eu un vrai impact.

A-t-il motivé de nouvelles aspirations pour vous et votre équipe ?

Clairement, le Prix est aussi une source de remobilisation des équipes. Les gens qui travaillent avec nous portent vraiment le projet, ses valeurs, s’y investissent. Pourtant, ils tirent parfois un peu la langue parce qu’il y a beaucoup de travail. Le fait d’avoir un Prix permet de leur montrer que leur travail porte ses fruits. Notre candidature avait été portée avec Accenture :  l’obtention du Prix a également valorisé le travail qu’ils ont fait avec nous. C’était une manière de les remercier et de leur montrer que le projet est reconnu. De façon générale, le Prix a représenté en quelque sorte un message adressé à la communauté d’acteurs impliqués dans notre projet et une manière de les remercier. Ça a créé du buzz, les gens en parlaient… Cela a suscité un sentiment de fierté et nous a donné encore plus envie de poursuivre.

L’objectif initial du projet a-t’il été atteint ?

Aujourd’hui on a atteint une grande partie de notre engagement. Nous voulions favoriser la réussite scolaire et professionnelle de jeunes issus de milieux défavorisés. Aujourd’hui, on sait que les taux de réussites sont très positifs avec 90% des jeunes suivis en post-BAC qui intègrent des filières sélectives de l’enseignement supérieur. On sait que l’accès à l’emploi des jeunes que nous avons accompagnés est supérieur de 18% à celui des jeunes issus de milieux populaires qui ne bénéficient pas d’un suivi. Les professionnels qui participent au programme nous disent que cette expérience a un réel impact sur leur vie et les jeunes aussi.

Pourquoi avoir décidé de fusionner avec Frateli pour devenir Article 1 ?

Article 1 a été actée en 2017, la fusion  sera effective en janvier 2018. Malgré l’importance de nos partenaires, nous gardions l’impression que les défis étaient encore énormes, et que ce qui est fait n’était pas encore suffisant. Chacune des structures, Frateli et Passeport Avenir, avait 10 ans d’expérience.

Leur  fusion  doit permettre d’aller plus loin et d’augmenter encore leur impact, en renouvelant certains programmes tout en consolidant un certain nombre de nos actions. Ensemble, nous devenons l’un des plus gros acteurs en France sur les questions d’égalité des chances.

Auriez-vous une belle histoire à nous partager illustrant la réussite de votre projet ?

La vidéo de Passeport Avenir sur Kamel.

Nous avons quelques belles histoires et je pense à Kamel. Originaire de Bordeaux, sa mère faisait des ménages et son père travaillait à la chaîne à l’usine Ford. Deuxième d’une fratrie assez nombreuse, sa sœur qui avait commencé à faire des études l’a vraiment poussé en lui disant qu’il fallait qu’il fasse des études et qu’il avance. Il avait été orienté dans une classe STMG au lycée (filière techno/pro) alors qu’il avait les possibilités de faire une filière générale. Il était assez perplexe sur l’idée de poursuivre des études après une filière technique mais il a été encouragé par ses professeurs et il s’est retrouvé en classe préparatoire EGCT, (classe prépa réservée aux élèves issus de BAC technologiques) pour  le remettre à niveau et le préparer aux concours des grandes écoles de management. C’est là qu’il a pu bénéficier de l’accompagnement de Passeport Avenir pour la première fois.

« Après avoir décidé avec son tuteur de l’école qu’il voulait faire, il a intégré la Business School de Toulouse et nous avons négocié une caution parentale qui venait de note partenaire Crédit Mutuel qui lui a permis de faire ses études. »

Il a beaucoup travaillé avec son mentor, à la fois la préparation aux concours et la réflexion sur son projet professionnel. Il s’est rendu compte qu’il avait envie de travailler dans la finance et de pouvoir intégrer une grande école de management ou un double cursus. Ses parents n’avaient pas du tout les moyens de l’aider à poursuivre ses études et  Kamel se demandait s’il avait les mêmes chances que des élèves issus de très bonnes prépas de réussir le concours. Après avoir décidé avec son tuteur de l’école de ce qu’il voulait faire, il a intégré la Business School de Toulouse et nous avons négocié une caution parentale qui venait de notre partenaire Crédit Mutuel qui lui a permis de faire ses études.

« C’est au cours d’une rencontre inspirante avec l’ancien DG de KPMG France qu’il a décidé de travailler avec eux. Il raconte avoir été ému du soutien de KPMG à Passeport Avenir et a choisi à son tour de devenir tuteur pour un jeune issu de milieu défavorisé. C’est donc un parcours très riche et un vrai exemple de réussite. »

Il n’avait jamais eu l’occasion de partir à l’étranger comme tous ses camarades puisqu’il travaillait l’été. Pour compenser, il a bénéficié d’un accompagnement avec un mentor anglophone. Son mentor était basé aux Etats-Unis, ils échangeaient par mail, par Skype… L’objectif était de travailler son anglais de manière innovante avec quelqu’un qui lui parlait de son pays, qui s’intéressait à ses études. Cela lui a permis de faire un bond qualitatif sur son anglais, tant et si bien que Kamel a gagné un concours et est parti une semaine aux Etats-Unis. Il a été accueilli dans une famille aisée dans le New Jersey, et lui venait d’une famille très modeste donc ça a été un choc des cultures. Il en garde l’expérience d’une très belle rencontre et la famille raconte avoir beaucoup apprécié sa présence auprès des enfants pour  les ouvrir sur le monde, les difficultés. Après un stage au Luxembourg et il est rentré chez KPMG. C’est au cours d’une rencontre inspirante avec l’ancien DG de KPMG France qu’il a décidé de travailler avec eux. Il raconte avoir été ému du soutien de KPMG à Passeport Avenir et a choisi à son tour de devenir tuteur pour un jeune issu de milieu défavorisé. C’est donc un parcours très riche et un vrai exemple de réussite.

Si vous étiez en 2040, quelles sont les avancées qui auront été permises par vos actions ?

Éviter les situations d’échec, de mauvaises orientation post-BAC, de décrochage, et puis aussi avoir des jeunes qui ne se limitent pas dans leur souhait d’orientation. Si nous pouvons participer à cette ouverture d’ici 2040, je pense que nous aurons alors participé à un changement systémique dans le domaine des compétences et du potentiel. Article 1 permettra aux jeunes d’utiliser différemment leurs compétences parce que la majorité des emplois de demain n’existent pas encore. Ceux que nous accompagnons sont des jeunes qui sont plus débrouillards, davantage prêts à chercher l’information et à s’adapter. Nous essayons d’être un laboratoire qui leur permettra d’utiliser leur originalité pour proposer des compétences qui seront recherchées demain. D’ici 2040, nous souhaitons aussi une massification du mentoring : standardiser cette entraide pour à terme parvenir à une société plus solidaire et dans l’entraide, le co-développement, la co-construction.

Quels adjectifs donneriez-vous à l’aventure Passeport Avenir ?

 

Elle est innovante, elle est enthousiasmante, elle est vivante. Pour l’avoir vécue, je peux vous dire que je suis content d’y avoir participé !

« Nous essayons d’être un laboratoire qui permettra aux jeunes d’utiliser leur originalité pour proposer des compétences qui seront recherchées demain. »

Propos recueillis par Virginie Siaud auprès de Sébastien Lailheugue, directeur général délégué de Passeport Avenir, le 09 novembre 2017.