Mercredi 5 septembre | 14-15h30 | Notre-Dame des Victoires

 

L’homme et son environnement forment un tout. Ce constat à l’apparence philosophique est illustrée dans les faits par des chiffres témoins : la planète Terre a connu en 2016 son année la plus chaude (+0,94°C par rapport à la moyenne du XXe siècle –13,9°C – surpassant le précédent record de l’année 2015 de +0,9°C) entraînant un besoin d’assistance humanitaire à fournir pour 96 millions de personnes. L’impact des changements climatiques sur la pauvreté et les crises humanitaires n’est plus à démontrer ; Stéphanie Stern (Action Contre la Faim), Benoît Hazard (CNRS de l’EHSS), Claire Fehrenbach (OXFAM France), Cheikh Kane (Climate Center de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge) et Jeannot Ramiaramanana (Economics and Ethics for environment and development Center de Madagascar) ont fait un état des lieux de cette alarmante observation en tentant d’y apporter des solutions lors de la 10e édition du Forum Mondial Convergences.

Le constat des liens entre changement climatique et pauvreté : l’exemple de Madagascar

Prenons le cas de Madagascar. Cette île souvent soumise aux mouvements cycloniques possède une population aux ¾ agricole, secteur particulièrement sensible au climat. La santé y est précaire, le niveau d’instruction bas (40% d’analphabètes) et les moyens financiers faibles, avec des institutions peu efficaces. En outre, son capital naturel riche est en danger du fait de l’utilisation du bois de forêt pour la cuisson au charbon de bois en milieu urbain. Le lien entre les activités économiques de l’île, les menaces sur l’environnement et la pauvreté, se transforme alors en cercle vicieux : l’absence de sensibilisation des populations pauvres entraîne la surexploitation des ressources naturelles, la baisse de la productivité et donc l’aggravation de la pauvreté. Malheureusement, les tentatives d’inversement de la tendance ne sont pas toujours couronnées de succès. Ainsi, l’adoption d’une attitude zéro carbone a parfois des effets négatifs : par exemple, la réduction d’utilisation de bois dans la production d’énergie et la création de parcs naturels en Afrique empêchent les populations les plus vulnérables d’avoir accès à l’énergie.

Autre problématique, celle de la temporalité dans le changement climatique : les effets du changement climatique étant plus longs que notre vie humaine, les efforts mis en œuvre pendant une vie humaine sont rarement observables par celle-ci. Les plus pessimistes y verront une raison de ne rien faire (dans l’esprit de cette fameuse formule « après nous le déluge »).

ODD17_AH et Fonds Croix Rouge_©Yann Castanier

Les solutions proposées par la société civile : des principes à définir et à mettre en application

Ces constats alarmants sont doublés d’une approche très anxiogène du problème : les crises, l’urgence… les solutions humanitaires sont apportées au coup par coup et en obéissant à un principe de réaction plutôt que d’anticipation. La société civile peut être actrice en proposant des réponses pour changer de paradigme et passer de la réaction à l’anticipation, notamment en mettant l’accent sur la redevabilité. La redevabilité est à la fois un moyen, celui d’améliorer la pertinence, la qualité et l’impact de l’action humanitaire, et une fin en soit, dans la mesure où les parties prenantes – en particulier les bénéficiaires – ont le droit d’exiger qu’on leur rende des comptes. La redevabilité humanitaire devient alors un moyen de renverser les rôles en donnant plus de pouvoir aux populations affectées par une catastrophe[1]. Plusieurs principes sont évoqués par le groupe d’experts de la session pour guider l’action humanitaire : principe de précaution, principe de responsabilité partagée mais différenciée, principe de justice et d’équité, principe de solidarité, principe de transparence, etc., sont autant de propositions de la société civile à prendre en compte.

La création du Fonds Vert pour le climat : témoin d’une démarche de vision à long terme

Illustration d’une démarche étatique également en mouvement, nous avons été témoins dernièrement de la création du Fonds Vert pour le climat. Mis en place à la suite de la conférence de Copenhague (COP15) en 2009, les pays développés s’y étaient engagés à mobiliser 100 milliards de dollars d’ici à 2020 afin d’aider financièrement les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux impacts du changement climatique. La conférence de Cancun (COP16) a donc validé la gestion d’une partie de ces financements par l’ONU et décidé d’en consacrer la moitié à des projets d’adaptation. Lors de la COP21 à Paris, la deadline de mobilisation des fonds a été étendue à 2025. Malgré d’immenses progrès dans la démarche de financement du changement climatique, le Fonds vert n’est pas tout rose (!). Si les prêts sont seulement attribués à des Etats solvables ou des projets validés avec une logique de retour sur investissement, les Etats les plus vulnérables se retrouveront exclus du système. De même, l’idée d’investir 50% des fonds à des projets d’adaptation pour les populations touchées et 50% pour des projets d’atténuation des effets climatiques n’est aujourd’hui pas respectée – seuls 20% sont en réalité orientés vers l’adaptation selon l’ONU.

Les liens négatifs entre changement climatique,  pauvreté et crises humanitaires ne sont donc plus à démontrer : à nous tous maintenant de savoir capitaliser les nombreuses solutions déjà existantes dans la société civile pour tirer les ficelles dans le bons sens pour un résultat positif !

 

[1] https://www.care-international.org/files/files/publications/Cadre-de-Redevabilit%C3%A9-Humanitaire-de-CARE-Version-pilote-f%C3%A9vrier-2010.pdf