Si les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ont obtenu des résultats, en particulier en matière de réduction de l’extrême pauvreté1, il leur a été beaucoup reproché de transformer les très pauvres en « pauvres relatifs »2. Ban Ki Moon, secrétaire général des Nations Unies de 2007 à 2016, l’avoue d’ailleurs très volontiers dans la préface qu’il signe en page 3 du rapport bilan des OMD3.

Aussi, entre 2012 et 2015, l’élaboration de l’Agenda 2030 a été guidée par le souci de garantir l’égalité sociale, environnementale et économique entre et à l’intérieur des pays, seule véritable condition à l’acceptabilité et donc à la durabilité de nos modes de vie, de nos organisations et de nos territoires. 

L’ODD 10 « Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre » est l’incarnation de cette poursuite, de ce désir d’égalité entre tous. Ses cibles veulent s’attaquer aux causes des inégalités, et ce dans tous les pays, pas seulement dans les pays dits du Sud. Car nous sommes tous des pays en voie de développement durable. Ces cibles montrent implicitement que les inégalités internes aux pays se sont accrues. Elles reconnaissent aussi que la croissance économique ne suffit pas pour réduire la pauvreté si elle ne bénéficie pas à tous et ne concerne pas les trois dimensions du développement durable, c’est-à-dire économique, sociale et environnementale. L’ONU, à travers l’Agenda 2030, réconcilie enfin, au nom de la lutte contre la pauvreté, les 3 piliers du développement durable qui avaient été séparés à Johannesburg en 20024.

Néanmoins, s’est développée une passionnante controverse entre équité et égalité : ainsi le Groupe de réflexion de la société civile sur les perspectives du développement global a, dès 20155, revendiqué, au nom de l’équité, l’application du traitement différencié des responsabilités comme principe fondamental pour la mise en œuvre des ODD. Concrètement, il s’agit de « tenir compte des différences réelles qui caractérisent la communauté internationale ». Cela a donc provoqué le curieux concept de « cibles pour les riches », utiles puisque, par exemple, en France, 10 % des ménages les plus riches concentrent 47 % du patrimoine, et les 50 % les plus pauvres n’en représentent que 8%6. C’est pourquoi la France, dans sa feuille de route nationale de mise en œuvre de l’Agenda 2030, a choisi le combat contre les inégalités dans ses 6 priorités. Il n’empêche que les résultats de l’ODD seront certainement lus à l’aune de la lutte contre la pauvreté dans les pays pauvres.

Au-delà de l’ODD 10, la lutte contre les inégalités concerne tous les ODD : preuve en est,   69 des 169 cibles des ODD traitent des inégalités, soit bien plus du tiers.

L’inégale distribution des inégalités

En plus de ces cibles directes, l’exemple de l’adaptation au changement climatique – un des principaux programmes du Comité 21 – illustre bien la transversalité de la question des inégalités.

La problématique de l’adaptation des pays en développement est devenue un facteur central des conférences climatiques, puisque tous les modèles climatiques démontrent que l’hémisphère Sud souffrira plus du réchauffement que le Nord.  Selon la Banque mondiale, le coût, pour les pays en développement de s’adapter à un monde plus chaud de 2°C à l’horizon 2050 par rapport à l’ère préindustrielle, se situe entre 75 et 100 milliards de dollars par an entre 2010 et 2050.

Voilà une inégalité flagrante, supplémentaire et pratiquement non traitée entre pays riches et pays pauvres. Il y a 10 ans pourtant, les pays riches promettaient de transférer vers les pays plus pauvres 100 milliards de dollars par an pour les aider à faire face aux conséquences du réchauffement7. Cette inégalité est de surcroit cruellement injuste quand on sait que les pays industrialisés, pratiquement tous situés dans l’hémisphère Nord, sont responsables de la quasi-totalité des émissions de gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement.

Au-delà des comparaisons internationales, ces inégalités climatiques se retrouvent à notre échelle, dans un pays comme la France, caractérisé par des climats différents et qui voit déjà, notamment lors des grandes canicules, des inégalités importantes selon ses régions. Or la cible adaptation, première de l’ODD 13, relatif à la lutte contre les changements climatiques, n’est jamais prise en compte dans les inégalités.

Ne doutons pas que les ODD seront jugés en 2030 à l’aune de la réduction des inégalités, à laquelle les peuples et les individus aspirent de plus en plus âprement.

1 Rapport bilan des OMD élaboré par l’ONU en 2015 : https://www.un.org/fr/millenniumgoals/reports/2015/pdf/rapport_2015.pdf 
2 L’ODD 5 en chiffres et en faits, ONU : https://www.undp.org/content/undp/fr/home/sustainable-development-goals/goal-10-reduced-inequalities.html
3 Rapport bilan des OMD élaboré par l’ONU en 2015 : https://www.un.org/fr/millenniumgoals/reports/2015/pdf/rapport_2015.pdf 
4 Si la conférence de Rio en 1992 avait consacré, à travers le principe de l’Agenda 21, le développement durable sur les 3 piliers économique, environnemental et social, le début des années 2000 a, quant à lui, dissocié le monde du développement  de celui de l’environnement. Cet esprit se retrouve dans les OMD imaginés en 2000 mais est consacré lors de la  conférence de la terre de Johannesburg en 2002.
5 Les pays en voie de développemet ont souhaité que soit inscrite la cible 10.a : « Mettre en œuvre le principe d’un traitement spécial et différencié pour les pays en développement, en particulier les pays les moins avancés, conformément aux accords de l’Organisation mondiale du commerce ».
6  Données 2015 de l’Insee, citées par la Fonda.
7  La dotation du Fonds Vert fait d’ailleurs l’objet d’une cible de l’ODD13 : 13.a

SARAH SCHÖNFELD
DIRECTRICE
COMITÉ 21 PARIS