En 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté les 17 Objectifs de développement durable (ODD) dans le cadre de l’Agenda 2030 pour le développement durable. Beaucoup de choses se sont passées depuis. Dans quelle mesure les progrès réalisés sont-ils satisfaisants pour les populations partout dans le monde ? Qu’est-ce qui est important pour elles en matière de développement durable ? Pour la première fois, ces questions ont fait l’objet d’une enquête mondiale intitulée « Global Survey sur le développement durable et les ODD ».

L’objectif général de cette enquête est de sensibiliser, mais aussi d’accélérer les décisions nécessaires au développement durable. Pour ce faire, elle a pris le parti d’interroger le plus grand nombre de personnes dans le monde, afin de recueillir leur point de vue personnel et professionnel sur l’état du développement durable dans leur pays. Il s’agit aussi d’en savoir plus sur leurs connaissances, leur acceptation et leurs attentes vis-à-vis des ODD.

A propos des participants

Au total, plus de 26 000 personnes issues du monde entier ont participé à cette enquête. La majorité des personnes interrogées étaient des femmes (près de 60 %); âgées de 20 à 39 ans (62 %); qui avaient fait des études supérieures (75 %). Les réponses ont été recueillies dans plus de 175 pays, avec une répartition variable selon les régions : l’Europe en tête (59 %), suivie de l’Asie-Pacifique (14 %) et de l’Amérique du Nord (14 % également). Les professionnels des secteurs privé, associatif, public, du milieu universitaire et de l’enseignement, des arts, de la culture et des médias ainsi que les étudiants sont représentés.

Moins de la moitié des personnes interrogées connait les Objectifs de développement durable

Les résultats du Global Survey indiquent que le cadre de référence que sont les ODD n’est pas vraiment connu dans le monde. En moyenne, dans l’ensemble du groupe interrogé, la connaissance des ODD était d’un peu moins de 50 %. Le véritable niveau de connaissance de la population pourrait en réalité être beaucoup plus faible, car le groupe de contrôle, constitué de sondés sélectionnés au hasard, avait un niveau de connaissance de seulement 16 %.

Les résultats démontrent cependant clairement que les gens sont largement conscients des problèmes décrits par les 17 ODD, puisque le terme « durabilité » est connu à près de 98%. Ce sont donc bien les ODD que le grand public ne connait pas.

L’éducation, la santé et l’action pour le climat classées comme les principales priorités

Lorsque l’on demande aux participants de l’enquête quels sont les 17 objectifs de développement durable (ODD) qui les concernent directement eux et leur famille, les six identifiés comme les plus urgents sont :

  1. Éducation de qualité (ODD 4)
  2. Santé et bien-être (ODD 3)
  3. Lutte contre les changements climatiques (ODD 13)
  4. Travail décent et croissance économique (ODD 8)
  5. Eau propre et assainissement (ODD 6)
  6. Énergie propre et d’un coût abordable (ODD 7)

Les personnes interrogées indiquent systématiquement qu’une éducation de qualité et la santé sont leurs principales priorités. Le changement climatique est également considéré comme primordial, bien que l’importance qu’on lui accorde diffère fortement entre les régions.

Le changement climatique est une priorité absolue, mais il affiche une plus grande variabilité régionale que les autres ODD prioritaires

Au niveau régional, c’est le changement climatique qui a la plus grande variabilité dans la hiérarchisation des ODD. S’il figure parmi les premières priorités en Amérique du Nord et en Europe, il est beaucoup plus bas dans les préoccupations des populations d’Amérique du Sud et d’Afrique. En Afrique, 28 % seulement des personnes interrogées classent le changement climatique dans leurs priorités. En revanche, la pauvreté est plus communément citée. Ce resultat est à mettre en parallèle avec le contexte de cette région : même si l’extrême pauvreté recule dans de nombreux endroits du monde, on observe que l’inverse se produit en Afrique subsaharienne. Selon les prévisions de la Banque Mondiale, sur 10 personnes en situation d’extrême pauvreté, 9 vivront dans cette région d’ici 20301.

L’Europe et l’Amérique du Nord, en revanche, montrent des niveaux élevés de préoccupation vis-à-vis du changement climatique. Ce sont respectivement 55 % et 65 % des personnes interrogées pour chacune de ces régions qui classent le changement climatique dans l’une de leurs six premières priorités. On peut faire l’hypothèse suivante : la lutte contre le changement climatique peut être considérée comme un « luxe superficiel » qui émerge uniquement lorsque des besoins plus immédiats comme le bien-être économique, l’accès à l’eau potable ou à un air propre sont globalement satisfaits. Une relation similaire apparaît entre le PIB par habitant d’une nation et les ODD les plus essentiels : les pays dont le PIB par habitant est élevé priorisent « l’action pour le climat », tandis que les pays dont le PIB par habitant est faible donnent la priorité à « une éducation de qualité ».

Ces résultats ont des implications directes pour les gouvernements qui cherchent à lutter contre le changement climatique. Ils suggèrent qu’obtenir un soutien populaire en faveur des solutions au changement climatique sera plus difficile si des questions environnementales et socio-économiques plus directes ne sont pas traitées simultanément.

Un clivage significatif entre les sexes et les régions dans l’importance accordée à l’égalité femme-homme

En dehors de l’importance accordée à la lutte contre le changement climatique, une des principales conclusion du rapport concerne l’ODD 5 relatif à l’« Égalité des sexes ». Il s’agit de l’un des deux seuls ODD qui suscite des réponses nettement différentes entre les femmes et les hommes (l’autre étant l’ODD 7 « Energie propre et d’un coût abordable »). Au niveau mondial, 31 % des femmes interrogées considèrent l’« égalité des sexes » comme un ODD dont il faut se soucier sans attendre, contre seulement 15 % des hommes. Ces derniers, lorsqu’interrogés estiment également davantage que les femmes que l’égalité entre les sexes a progressé lors des dernières années. Ces perceptions divergentes doivent être prises en compte, étant donné le rôle que peut jouer la parité dans le bien-être économique et environnemental. Il existe également d’importantes variations régionales sur la question de l’égalité des sexes.

Les personnes interrogées (hommes et femmes) en Australie, en Europe et en Amérique du Nord considèrent l’« égalité des sexes » comme l’un des ODD les plus importants, et le classent parmi leurs six ODD prioritaires. En comparaison, dans toutes les autres régions, l’« égalité des sexes » ne fait pas partie des six ODD prioritaires. Cela reflète des tendances régionales divergentes : les inégalités entre les sexes ne sont pas percues partout comme un problème social essentiel.

Bien que le Global Survey présente des résultats sur ce que des personnes du monde entier considèrent comme prioritaire et la manière dont les ODD pourraient être atteints, de nombreux éléments inconnus subsistent. Les questions relatives aux modèles de collaboration les plus efficaces (quels partenariats, etc.) et aux actions personnelles ayant le plus grand impact sont particulièrement importantes pour de futures recherches car elles constituent deux leviers potentiels pour la réalisation des ODD.

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ : Cet article présente des résultats préliminaires. Les résultats finaux seront présentés parallèlement au sommet de l’ONU sur les ODD en septembre à New York et communiqués publiquement sur le site Web officiel de l’Enquête mondiale (www.globalsurvey-sdg.com).

1 World Bank (2018): Poverty and Shared Prosperity 2018: Piecing Together the Poverty Puzzle

JOACHIM SCHLANGE
DIRECTEUR ASSOCIÉ &
THERESA FRANK
CONSULTANTE SENIOR ET
CHEFFE DE PROJET
GLOBAL SURVEY &
SINA BEECKEN
ANALYSTE
SCHLANGE & CO. GMBH (S&C) &
TODD CORT
YALE CENTER FOR BUSINESS AND THE ENVIRONMENT (CBEY)