L’invité du baromètre : France eco-social tech

Tech, science et entrepreneuriat, les ingrédients d’un mariage heureux

Qu’est-ce que la « Tech & Science For Good » ?

Depuis environ trois ans, le concept de la Tech for Good rencontre un succès grandissant auprès des entrepreneurs sociaux cherchant à mettre la technologie au service du bien commun. Ce concept gagnerait pourtant à être plus ambitieux, et à intégrer, en plus de la technologie, la science. C’est pourquoi l’association FEST (France Eco-Sociale Tech), préfère le concept de la « Tech & Science For Good » pour désigner les structures qui utilisent l’innovation technologique et scientifique pour résoudre un ou plusieurs des 17 Objectifs de développement durable. Rassemblant volontairement au-delà des statuts, cette définition rejoint la notion d’une mission sociale intégrée dans la raison d’être de l’entreprise, bien qu’elle puisse s’exprimer de façon diverse dans la gouvernance. Grâce à de nouveaux usages technologiques et de nouvelles voies de recherche scientifique, ces acteurs inventent de nouvelles solutions à des enjeux sociaux et environnementaux complexes. Ce faisant, ils construisent le modèle de l’entrepreneuriat Tech de demain, concerné et concentré sur sa finalité et ses externalités, et poussant une réflexion éthique sur le rôle et l’usage de l’innovation.

Un engagement exprimé par des modèles différents

La particularité des entrepreneurs engagés dans la « Tech & Science For Good » est qu’ils rassemblent des secteurs et des idéologies très diverses, depuis le monde associatif, en passant par des start-ups de l’ESS, des sociétés coopératives ou encore des entreprises « classiques » dans leur gouvernance mais revendiquant leur mission sociale ou environnementale. De par sa diversité et sa capacité à toucher des secteurs pas toujours historiquement engagés, cette notion est en train de contribuer à démocratiser l’engagement et le dialogue entre ces différents écosystèmes.

Encore jeune, ce secteur n’en est pas moins dynamique et se développe un peu partout. Les structures issues de la « Tech & Science for Good » arrivent-elles pour autant à mobiliser les fonds nécessaires pour garantir leur développement à grande échelle ? De plus en plus, si l’on en croit les exemples de 2018. 41 millions d’euros ont été levés par BackMarket, une entreprise qui démocratise à grande échelle le marché du réemploi grâce à sa plateforme en ligne. Plus récemment, 15 millions d’euros ont été levés par Phenix, entreprise de l’ESS qui lutte contre les invendus alimentaires grâce à une plateforme de gestion des collectes et des besoins. Ces deux exemples démontrent qu’un modèle centré sur un impact social positif fort n’est pas incompatible avec de grosses levées de fonds.

Il faudra ainsi réconcilier l’agilité des acteurs du secteur technologique et le savoir produit par les projets de recherche scientifique avec la connaissance du terrain et des enjeux sociétaux des acteurs de l’entrepreneuriat social.

Structuration de la Tech & Science For Good

Comme tout nouveau secteur, la « Tech & Science for Good » est encore assez peu structurée. Ses acteurs ne sont pas toujours facilement identifiables, les ressources et la compréhension spécifique des enjeux à la jonction de la Tech, de la science et de l’engagement social pas toujours bien compris. L’accompagnement de ces structures est, de plus, trop souvent séparé entre les spécialistes de la Tech d’un côté et de l’impact social de l’autre.

C’est à partir de ce constat et afin d’accélérer la structuration de cet écosystème que les entrepreneurs et investisseurs de cette « Tech & Science For Good » (dont Simplon.co, HelloAsso, Investir et +, Share IT, ChangeNOW, etc.) ont créé, en mars 2018, FEST (France Eco-Sociale Tech), association abritée au sein de France Digitale. L’objectif de cette initiative consiste à rassembler ces acteurs pour favoriser le partage d’expériences entre pairs, la construction de ressources transversales dédiées à ces entrepreneurs (dont deux cartographies pour donner plus de lisibilité), et accélérer son rayonnement.

Quel levier pour généraliser une innovation technique au service de l’utilité sociale ?

Pour des raisons historiques très différentes, les secteurs de la Tech et de l’entrepreneuriat social ont tous deux un fort ADN basé sur la collaboration.
Le développement d’une « Tech & Science For Good » passera par une meilleure compréhension mutuelle des deux secteurs et une densification des collaborations. Il faudra ainsi réconcilier l’agilité des acteurs du secteur technologique et le savoir produit par les projets de recherche scientifique avec la connaissance du terrain et des enjeux sociétaux des acteurs de l’entrepreneuriat social.
Des exemples de collaborations réussies existent déjà entre ces trois secteurs. S’il est certain que le croisement des cultures soulève plusieurs défis, l’heure n’a jamais été aussi propice pour densifier les échanges, trouver des pistes de collaboration et placer ensemble l’innovation technique au service de l’intérêt général : un nombre croissant de chercheurs, développeurs, entrepreneurs et investisseurs de la Tech souhaitent mettre plus de sens et d’engagement dans leurs activités. Le moment est venu d’en exploiter tout le potentiel.

Alexis Sarrut
Délégué Général
France Eco-Sociale Tech